Mes premières patries ont été des livres.
Il y a mères et mères.
Le génie n'est qu'une éloquence particulière, un don bruyant d'exprimer.
Nous nous croyons purs tant que nous méprisons ce que nous ne désirons pas.
Mais on supporte moins facilement pour autrui ce qu'on accepte assez convenablement pour soi-même.
Il faut l'avouer, je crois peu aux lois. Trop dures, on les enfreint, et avec raison. Trop compliquées, l'ingéniosité humaine trouve facilement à se glisse entre les mailles de cette nasse traînante et fragile.
La fiction a du bon : elle prouve que les décisions de l'esprit et de la volonté priment les circonstances.
Manger un fruit, c'est faire entrer en soi un bel objet vivant, étranger, nourri et favorisé comme nous par la terre ; c'est consommer un sacrifice où nous nous préférons aux choses.
L'histoire ne s'intéresse qu'aux privilégiés.
Il m'a toujours semblé que la musique ne devrait être que du silence.
Avoir du mérite à s'abstenir d'une faute, c'est une façon d'être coupable.
Les êtres finissent toujours par vous échapper.
Un triomphe ne sied guère qu'aux morts.
Mais l'esprit humain répugne à s'accepter des mains du hasard, à n'être que le produit passager de chances auxquelles aucun dieu ne préside, surtout pas lui-même. Une partie de chaque vie, et même de chaque vie fort peu digne de regard, se passe à rechercher les raisons d'être, les points de départ, les sources.
Nos faibles efforts pour améliorer la condition humaine ne seraient que distraitement continués par nos successeurs ; la graine d'erreur et de ruine contenue dans le bien même croîtrait monstrueusement au contraire au cours des siècles.
Une partie de nos maux provient de ce que trop d'hommes sont honteusement riches, ou désespérément pauvres.
Le passé, pour peu qu'on y songe, est chose infiniment plus stable que le présent.
On n'a rien compris à la maladie, tant qu'on n'a pas reconnu son étrange ressemblance avec la guerre et l'amour : ses compromis, ses feintes, ses exigences, ce bizarre et unique amalgame produit par le mélange d'un tempérament et d'un mal.
On ne traduit que son trouble : c'est toujours de soi-même qu'on parle.
Les passants me semblent avoir l'aspect vague de figures qu'on voit dans les songes.
Le monde, pour chacun de nous, n'existe que dans la mesure où il confine à notre vie.
Ce qui nous rassure du sommeil, c'est qu'on en sort, et qu'on en sort inchangé, puisqu'une interdiction bizarre nous empêche de rapporter avec nous l'exact résidu de nos songes.
Les proportions de l'oeuvre font oublier les dimensions de l'objet.
Peu de bipèdes depuis Adam ont mérité le nom d'homme.
Le désordre s'intégrait à l'ordre ; le changement faisait partie d'un plan que l'astronome était capable d'appréhender d'avance ; l'esprit humain révélait ici sa participation à l'univers par l'établissement d'exacts théorèmes comme à Éleusis par des cris rituels et des danses.
Je ne sais pas à quoi nous serviraient nos tares, si elles ne nous enseignaient la pitié.
Je ne dis pas que l'ambition soit un vice inutile ; elle peut servir à fouetter l'âme. Seulement elle l'épuise. Je ne sache pas de succès qui ne s'achète par un demi-mensonge ; je ne sache pas d'auditeurs qui ne nous forcent à omettre, ou à exagérer quelque chose.
On ne s'éprend pas de ce que l'on respecte, ni peut-être de ce que l'on aime ; on ne s'éprend pas surtout de ce à quoi l'on ressemble ; et ce dont je différais le plus, ce n'étaient pas les femmes.
Nos oeuvres représentent une période de notre existence que nous avons déjà franchie, à l'époque où nous les écrivons.
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