Une destinée ne vaut pas plus qu'une autre, mais tout homme doit respecter celle qu'il porte en lui.
Le livre n'est pas une entité isolée : il est une relation, il est l'axe d'innombrables relations.
On s'oublie soi-même lorsqu'on s'endort. Et au réveil on se souvient de soi.
Le langage est un ensemble de citations.
La gloire est une incompréhension, peut-être la pire.
Pour un célibataire d'un certain âge, l'amour offert est un don auquel il ne s'attend plus. Le miracle a le droit d'imposer des conditions.
Ce qui est bon n'appartient à personne.
L'homme vit dans le temps, dans la succession, le magique animal dans l'actuel, dans l'éternité de l'instant.
Il me dit que son livre s'appelait le livre de sable, parce que ni ce livre ni le sable n'ont de commencement ni de fin.
Nous pouvons discuter le tango et nous le discutons, mais il renferme, comme tout ce qui est authentique, un secret.
Les années ne modifient pas notre essence, si tant que nous en ayons une.
Ce qui importe ce n'est pas de lire mais de relire.
Prendre un livre dans une bibliothèque et le remettre, c'est fatiguer les rayonnages.
Parler, c'est tomber dans la tautologie.
L'ambiguïté est une richesse.
Les raisons qu'un homme peut avoir pour en haïr un autre ou l'aimer sont infinies.
Ce que nous perdons le temps ne le refait pas, l'éternité le garde pour la gloire et aussi pour le feu.
Personne n'est quelqu'un, un seul homme immortel est tous les hommes.
Les songes des hommes appartiennent à Dieu.
L'homme oublie qu'il est un mort qui converse avec les morts.
À tous la vie donne tout, mais la plupart l'ignorent.
Mon père et lui ont eu une de ces amitiés anglaises qui commencent en évitant des intimités et éliminent par la suite tout à fait la parole.
Je ne souffre pas de la solitude ; il est déjà suffisamment difficile de se supporter soi-même et ses manies.
Dormir est se distraire de l'univers.
La certitude que tout est écrit nous annule ou fait de nous des fantômes.
Expliquer un fait, c'est l'unir à un autre.
Que d'autres se targuent des pages qu'ils ont écrites ; moi je suis fier de celles que j'ai lues.
Que chaque homme construise sa propre cathédrale. Pourquoi se contenter des oeuvres des autres et de celles du passé ?
Il n'y a pas d'exercice intellectuel qui ne soit finalement inutile.
J'ai longtemps cru que j'avais grandi dans un faubourg de Buenos Aires, un faubourg aux rues hasardeuses, ouvertes sur de visibles couchants.
Je suis un homme lâche : je ne lui donnais pas mon adresse pour m'éviter l'angoisse d'attendre des lettres.
Le poème est plus beau si nous devinons qu'il est l'expression d'un désir et non le récit d'un fait.
A force de nous apitoyer sur les malheurs des héros de romans, nous finissons par nous apitoyer trop sur les nôtres.
Le surnaturel, s'il se produit deux fois, cesse d'être terrifiant.
Mettre en ordre des bibliothèques, c'est exercer de manière silencieuse et modeste, l'art de la critique.
Il n'y a pas de plaisir plus complexe que celui de la pensée.
Nous pouvons mentionner ou évoquer, mais jamais exprimer.
Un écrivain croit parler de beaucoup de choses, mais ce qu'il laisse s'il a de la chance, c'est une image de lui.
L'amitié n'est pas moins mystérieuse que l'amour ou l'une quelconque des facettes de cette chose confuse qu'est la vie. Je me suis dit parfois que seul le bonheur est sans mystère, car il se justifie par lui-même.
Il n'y a pas sur terre une seule page, un seul mot qui soit simple, étant donné que tous postulent l'univers, dont l'attribut le plus notoire est la complexité.
Dans un poème ou dans un conte, le sens n'importe guère ; ce qui importe, c'est ce que créent dans l'esprit du lecteur telles ou telles paroles dites dans tel ordre ou selon telle cadence.
Je constate avec une sorte de mélancolie douce-amère que tout au monde me ramène à une citation ou à un livre.
Un homme s'identifie peu à peu avec la forme de son destin ; un homme devient à la longue ses propres circonstances.
Ajoutons que, pour s'affranchir d'une erreur, il est bon de l'avoir professée.
Nous ne savons encore presque rien et nous voudrions deviner ce dernier mot qui ne nous sera jamais révélé.
La démocratie, ce curieux abus de la statistique.
Les miroirs et la copulation sont abominables, parce qu'ils multiplient le nombre des hommes.
Chaque écrivain crée ses précurseurs. Son apport modifie notre conception du passé aussi bien que du futur.
J'appris par la suite que cela ne lui ressemblait pas, mais ce que nous disons ne nous ressemble pas toujours.
La gloire agrandit.
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