La liberté pour quoi faire ?
Les médiocres n'hésitent pas une seconde à faire payer cher aux incrédules leurs propres incertitudes.
Il en est peu d'entre nous qui n'aient été tentés à un moment donné de prendre pour la paix de leur conscience le confort et la sécurité de leur derrière.
Je ne suis pas un écrivain. La seule vue d'une feuille de papier blanc me harasse l'âme. L'espèce de recueillement physique que m'impose un tel travail m'est si odieux que je l'évite autant que je puis.
Les idées sont comme les jolies filles : elles peuvent aussi mal tourner.
De tous les embarras de l'âge, l'expérience n'est pas le moindre.
Dieu nous préserve des saints !
Les autres, hélas ! C'est nous.
Il n'y a rien de plus sot qu'un journal, tout ce qu'on écrit de sincère est niais.
On n'échappe pas au ridicule par une affectation de gravité.
A partir d'un certain âge, la gloire s'appelle la revanche.
L'homme naît capable de plus de bien et de plus de mal que n'en sauraient imaginer les moralistes, car il n'a pas été créé à l'image des moralistes, il a été créé à l'image de Dieu.
Que craindre au monde, sinon la solitude et l'ennui ?
On peut faire très sérieusement ce qui vous amuse, les enfants nous le prouvent tous les jours...
Il n'existe pas de race française. La France est une nation, c'est-à-dire une oeuvre humaine, une création de l'homme.
Il y a dans tout homme une énorme capacité de résignation, l'homme est naturellement résigné. C'est d'ailleurs pourquoi il dure.
Les vérités sont malades, les mensonges le sont aussi.
Le monde est dévoré par l'ennui.
Lorsqu'un homme crie : "Vive la Liberté !" il pense évidemment à la sienne.
L'optimisme n'est que l'alibi sournois des égoïstes.
Il y aura toujours des pauvres parmi vous, c'est pour cette raison qu'il y aura toujours des riches, c'est-à-dire des hommes avides et durs qui recherchent moins la possession que la puissance.
Les peuples ne peuvent se passer d'honneur, nous paierons cher d'avoir cru en nous plutôt qu'en lui.
On dirait que les survivants de ces générations formées par le plaisir, en ne se refusant rien, ont appris à se passer de tout.
Pour manquer utilement à sa parole, encore faut-il avoir une parole !
On ne va jamais jusqu'au fond de sa solitude.
L'anticléricalisme, comme la vérole, a d'abord été chez nous une maladie bourgeoise.
Et ce chaume croulant, au milieu des belles tuiles vernies, c'est encore un autre mendiant, un autre homme libre.
Le goût du suicide est un don, un sixième sens, je ne sais quoi, on naît avec.
Les démocraties ne peuvent pas plus se passer d'être hypocrites que les dictatures d'être cyniques.
L'impuissance aime refléter son néant dans la souffrance d'autrui.
Le berceau est moins profond que la tombe.
Qui dit conservateur dit surtout conservateur de soi-même.
L'imbécile est d'abord un être d'habitude et de parti pris. Arraché à son milieu il garde, entre ses deux valves étroitement closes, l'eau du lagon qui l'a nourri. Mais la vie moderne ne transporte pas seulement les imbéciles d'un lieu à un autre, elle les brasse avec une sorte de fureur.
Chacun de nous est tour à tour, de quelque manière, un criminel ou un saint.
La prieure : Quand les sages sont au bout de leur sagesse, il convient d'écouter les enfants.
Il est très difficile de se mépriser sans offenser Dieu en nous.
Il n'y a pas de vérités moyennes.
Il faut pleurer, parce que c'est la seule réponse efficace à certaines contradictions plus féroces, à certaines incompatibilités essentielles de la vie, simplement enfin parce que l'injustice existe, et qu'il est vain de la nier.
Le pessimisme est excusable, quand il est la protestation impuissante d'une vie manquée.
On fait sa part à l'ennui, au vice, au désespoir même, mais on ne fait pas à l'orgueil sa part.
Pas de pitié pour qui refuse la grâce, pas d'excuse aux péchés de l'esprit !
On ne plaît qu'aux sots, qu'on rassure.
Je ne crois qu'à ce qui me coûte. Je n'ai rien fait de passable en ce monde qui ne m'ait d'abord paru inutile, inutile jusqu'au ridicule, inutile jusqu'au dégoût.
Le plus dangereux de nos calculs sont ceux que nous appelons des illusions.
Personne ne vous empêche de calculer la procession des équinoxes ou de désintégrer les atomes. Mais que vous servira de fabriquer la vie même, si l'on a perdu le sens même de la vie !
Les dictateurs font de la force le seul instrument de la grandeur.
On ne se met aisément qu'à la place de ses égaux.
C'est dans le regard, non dans la voix, que se trahit la crainte.
Nous sommes toujours injustes dès que nous jugeons qui que ce soit.
Les consciences se soulagent comme des ventres.
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