- Qu'est-ce que vous faites mercredi prochain ?
- Mercredi prochain... Rien !
- Parfait ! L'ami chez qui on devait aller ce soir redonne un dîner, vous êtes bien sûr invité !
- C'est vraiment très gentil ça !
- Non c'est normal, on vous a raté aujourd'hui, on ne va pas vous rater la semaine prochaine !
Cette réplique marque l'invitation formelle et insistante de Pierre Brochant à François Pignon pour un dîner qui aura lieu le mercredi suivant, après que Brochant a "raté" le dîner prévu initialement ce soir-là (dans le contexte de la réplique elle-même, avant le déroulement de la scène). L'expression "on ne va pas vous rater la semaine prochaine" est le point clé, signifiant qu'ils feront en sorte que l'invitation aboutisse la prochaine fois.
Le sens symbolique réside dans l'ironie dramatique et le cynisme de la situation. Dans le contexte du film, l'invitation au "Dîner de cons" est une manœuvre cruelle : les organisateurs se moquent de leur invité (le "con" du dîner). L'insistance de Brochant à ne pas le "rater" symbolise l'acharnement qu'il met à vouloir que Pignon participe à ce jeu pervers, tout en prétendant à une simple courtoisie sociale.
Dans la vie courante, la réplique peut être citée, souvent avec un clin d'œil, pour exprimer une volonté ferme et amusée de ne pas manquer un événement ou un rendez-vous avec quelqu'un après une première tentative échouée. Elle est utilisée pour souligner une invitation pressante ou pour plaisanter sur le caractère inéluctable d'une rencontre.
La morale qui s'en dégage est celle de la méfiance face aux flatteries et aux invitations trop insistantes. Elle rappelle que les apparences peuvent être trompeuses et qu'une courtoisie extrême peut parfois cacher des intentions moins honorables. C'est également une leçon sur la cruauté involontaire : la phrase de Brochant est cynique, mais Pignon en subit les conséquences.
Cette réplique provient du film français culte "Le Dîner de cons", sorti en 1998, réalisé par Francis Veber. Le film est une adaptation de sa propre pièce de théâtre, créée en 1993. C'est l'un des dialogues clés qui cimente la relation entre les deux personnages principaux et met en place le dispositif de l'intrigue.
La scène se déroule après que Pierre Brochant, un éditeur parisien snob, a blessé son dos et s'est retrouvé bloqué chez lui avec l'homme qu'il avait invité au dîner : François Pignon, un employé du Ministère des Finances passionné par la construction de maquettes en allumettes. Brochant est initialement exaspéré par Pignon, mais au fur et à mesure que sa soirée et sa vie s'écroulent, il se retrouve de plus en plus dépendu de lui. L'invitation est lancée pour maintenir le subterfuge initial : faire croire qu'il l'a invité par pure gentillesse.
Le thème central du film est l'inversion des rôles et l'arroseur arrosé. Bien que l'intention de Brochant soit de se moquer de Pignon, c'est finalement Pignon qui, par une succession de maladresses et de quiproquos, va détruire la vie de Brochant. Cette réplique, "on ne va pas vous rater la semaine prochaine", annonce symboliquement l'inversion à venir : Brochant s'apprête à se faire "rater" lui-même par les événements déclenchés par Pignon.
L'impact est immense. Culturellement, la pièce et le film sont considérés comme des chefs-d'œuvre de l'humour français. La réplique a marqué l'imaginaire collectif par son ironie mordante. Émotionnellement, elle provoque un rire teinté de malaise : on rit de la situation, tout en éprouvant de la pitié pour la victime désignée (Pignon) et de l'anticipation pour la punition méritée du bourreau (Brochant).