Et puis un jour, un type me demandera en mariage. Il sera plutôt gentil et ça rendra mes parents heureux. La première année, on fera l'amour tout le temps. La deuxième et la troisième de moins en moins. Et, quand on commencera à en avoir marre l'un de l'autre, je tomberai enceinte. S'occuper des enfants, conserver son emploi, payer le crédit de la maison, ça nous permettra de maintenir l'équilibre pendant quelque temps... Et pour finir, au bout d'une dizaine d'années, il aura une aventure parce j'aurai été trop occupée et trop fatiguée. Un jour, je l'apprendrai. J'menacerai de le tuer, de tuer sa maitresse, de me tuer. On tournera la page, et puis quelque années plus tard, il recommencera. Mais cette fois, je ferai semblant de ne rien savoir parce qu'en fin de compte ça ne vaudra pas la peine de faire des histoires. Et je vivrai le restant de mes jours en espérant parfois que mes enfants pourront avoir la vie que je n'ai pas eue. Tout en étant rassurée de savoir que eux aussi reproduiront le même schéma...
Cette réplique dépeint, de manière très crue et linéaire, un futur conjugal et familial que le personnage perçoit comme inéluctable et profondément désenchanté. C'est la description d'une vie de couple qui suit un parcours balisé : mariage, passion initiale qui s'estompe, arrivée des enfants pour maintenir l'équilibre, surmenage, infidélité du conjoint, et finalement une acceptation résignée de la situation pour le bien-être (ou le silence) familial. C'est une anticipation d'une vie ordinaire mais malheureuse, rythmée par les conventions sociales.
Au-delà de l'histoire personnelle, la réplique symbolise le sentiment d'aliénation et de perte d'individualité face aux attentes sociétales. Elle représente le "chemin tout tracé" que la société semble imposer, notamment aux femmes, où le bonheur est remplacé par la sécurité et l'obligation. Le "schéma" évoqué à la fin est le symbole d'un cycle de désillusion qui se répète de génération en génération, montrant que même la vie rêvée pour ses enfants est une simple reproduction du même piège.
Cette réplique est souvent citée ou paraphrasée pour exprimer le sentiment de fatalité ou de cynisme face aux relations amoureuses qui semblent suivre un script préétabli. Elle est utilisée dans des discussions sur le mariage, le couple, ou l'épuisement parental ("burn-out") pour souligner la pression et le désenchantement qui peuvent accompagner la vie adulte. Elle sert de référence pour dénoncer le "métro-boulot-dodo" appliqué à la vie conjugale.
L'idée principale à retenir est la nécessité de vivre sa propre vie, de refuser les schémas préconçus et les attentes de la société, même si elles semblent offrir une voie simple vers le bonheur. La réplique met en garde contre la passivité face à son existence et le danger de se laisser enfermer dans une routine qui étouffe l'individu. En substance : choisissez votre propre folie plutôt que la "sagesse" qui mène à la résignation.
La réplique est tirée du film "Veronika Décide De Mourir" (titre original Veronika Deklava), une adaptation du roman éponyme de l'écrivain brésilien Paulo Coelho. Elle n'est pas une citation directe et exacte du roman, mais elle capture l'essence et le ton mélancolique de la vision de la vie qu'explore l'œuvre.
Dans le film, le personnage de Veronika (ou un autre personnage important qui lui parle) prononce ces mots pour expliquer pourquoi elle est désespérée et pourquoi elle envisage ou a tenté de mourir. C'est un monologue ou une confession qui justifie son acte radical par la terreur de cette vie "normale" et sans surprise, considérée comme une mort lente de l'âme. C'est un moment clé qui cristallise le désespoir et le point de rupture du personnage avec la réalité.
La réplique est le cœur de la motivation du personnage principal. Elle révèle sa lucidité douloureuse face à l'avenir. Elle n'est pas déprimée par une tragédie personnelle immédiate, mais par la certitude d'un malheur futur et programmé. Son geste désespéré est une tentative de court-circuiter ce destin prévisible et ennuyeux, cherchant une échappatoire à la conformité.
Le thème central du film et du livre est la quête de sens face à une vie jugée absurde et vide. La réplique illustre parfaitement cette thématique en décrivant une existence où l'on est constamment entre la vie et la mort psychologique, où la "normalité" est une forme de folie ou de maladie. L'histoire explore la notion de ce qui vaut vraiment la peine d'être vécu, et pour Veronika, ce futur dépeint est l'exact contraire.
Cette tirade a un fort impact émotionnel car elle touche à des peurs universelles concernant le mariage, la perte de la passion et l'échec. Culturellement, elle résonne particulièrement auprès des générations qui questionnent de plus en plus les modèles de vie traditionnels et qui sont en quête d'une existence plus authentique, même si elle doit être moins "sécurisée". Elle est un cri contre le conformisme et un miroir tendu à tous ceux qui sentent leur vie leur échapper au profit d'obligations.