Vous, Français, vous vous battez pour de l'argent. Et nous, Anglais, nous nous battons pour l'honneur. - Chacun se bat pour ce qui lui manque !
Cette célèbre réplique attribuée au corsaire français Robert Surcouf met en opposition deux motivations fondamentales pour l'action, ici la guerre, en utilisant des stéréotypes nationaux. La phrase sous-entend que les Français sont motivés par l'intérêt matériel et financier ("de l'argent"), tandis que les Anglais le sont par un idéal noble et immatériel ("l'honneur"). La chute, attribuée à Surcouf, est une riposte cinglante qui renverse l'accusation : si chacun se bat pour ce qui lui manque, cela signifie que les Anglais, qui se battent pour l'honneur, en sont dépourvus, et les Français, qui se battent pour l'argent, en sont démunis. C'est une joute verbale brillante qui déconstruit l'auto-proclamation de vertu de l'adversaire.
La leçon de Surcouf est applicable à de nombreux domaines où des motivations sont affichées :
La morale à retenir est que l'on combat ou l'on agit souvent pour combler un vide ou un manque. Méfiez-vous de ceux qui affichent des motivations trop nobles ; la riposte de Surcouf rappelle avec ironie que l'orgueil et l'hypocrisie sont souvent plus faciles à déceler que les motivations profondes et honnêtes. Le pragmatisme piquant l'emporte sur l'idéalisme auto-proclamé.
Cette idée fait écho à plusieurs concepts philosophiques et psychologiques :
L'origine de cette citation est anecdotique et est généralement considérée comme une légende, bien qu'elle soit largement acceptée et attribuée à Robert Surcouf. Il est très probable que cette joute verbale n'ait jamais eu lieu telle quelle, mais qu'elle ait été reconstruite après coup pour illustrer l'esprit vif, l'impertinence, et l'orgueil national du célèbre corsaire face à l'ennemi anglais. La force de l'anecdote est qu'elle capture l'essence de la rivalité historique franco-anglaise.
L'auteur de la célèbre riposte est Robert Surcouf (1773-1827). Il était un célèbre corsaire français, armateur et négrier originaire de Saint-Malo. Surnommé le "Roi des Corsaires", il s'est illustré par ses nombreuses prises de navires marchands britanniques, principalement dans l'océan Indien, durant les guerres de la Révolution et de l'Empire. Son audace et sa réussite en ont fait une figure légendaire de l'histoire maritime française.
La citation est ancrée dans le contexte des guerres maritimes entre la France et la Grande-Bretagne (principalement pendant la période du Directoire et du Premier Empire, fin du XVIIIe et début du XIXe siècle). Ces deux puissances étaient alors en concurrence pour la suprématie mondiale, en particulier le contrôle des routes maritimes et des colonies. Les corsaires comme Surcouf étaient des capitaines privés autorisés par leur gouvernement à attaquer les navires ennemis. Le ton de la citation reflète la profonde rivalité et la méfiance mutuelle qui existaient entre les deux nations à cette époque. Surcouf symbolise l'esprit de résistance français face à la puissance navale britannique, souvent perçue comme arrogante.