Citation d'Éric Dupond-Moretti sur Vie, Avoir et Justice

La question qu'on me pose régulièrement " Mais comment pouvez-vous donc défendre un assassin ? " - n'a aucun sens. Primo : nous autres pénalistes, ne faisons pas de morale, mais du droit; reprocherait-on, par exemple, à un chirurgien d'opérer un malade du foie pour lui sauver la vie, au motif que s'il est mourant c'est parce qu'il buvait de trop ? Pour l'avocat, c'est la même logique: sa robe est au service de celui qui la demande, à condition qu'il ne me demande pas de plaider une absurdité. Secundo: beaucoup d'accusés reconnaissent avoir commis le crime dont ils répondent, il ne s'agit pas d'entonner le grand air de l'acquittement en dépis du bon sens. Tertio: Si personne ne défend les assassins, il n' a plus de justice, seulement une vengeance légale.

Éric Dupond-Moretti
Avocat, Homme d'état, Homme de loi, Homme politique, Ministre, Ministre de la justice (1961 - )

Explications

Sens de la citation

Cette citation d'Éric Dupond-Moretti, avocat pénaliste de renom et ancien Garde des Sceaux, répond à une interrogation fréquente et légitime du public : comment un avocat peut-il défendre une personne coupable, notamment un assassin ? Le sens principal est d'affirmer que le rôle de l'avocat pénaliste est d'appliquer le Droit et non la morale. Il souligne que l'avocat est au service du justiciable, assurant son droit fondamental à la défense, même quand la culpabilité est avérée. Il défend le processus judiciaire lui-même, insistant sur le fait que l'absence de défense mène à la vengeance légale plutôt qu'à la véritable justice.

Interprétations possibles

  • Une interprétation est que l'avocat agit comme un médecin du droit, illustrée par l'analogie avec le chirurgien. Son devoir est de soigner le processus légal, peu importe l'historique ou la moralité de son "patient".
  • Une autre lecture met en lumière la distinction entre l'aveu de culpabilité et le rôle de la défense. L'avocat ne cherche pas toujours l'acquittement, mais s'assure que la peine est juste et conforme à la loi, et que les droits de son client ont été respectés durant l'enquête et le procès.
  • On peut également y voir une défense passionnée de l'État de droit, où même le pire des criminels a droit à une procédure équitable et à une voix pour contrer l'accusation.

Application dans la vie quotidienne

Bien que concernant le monde judiciaire, cette idée s'applique à toute situation où un professionnel doit mettre ses compétences techniques au service d'un client dont les actions pourraient être jugées moralement répréhensibles par d'autres. Elle invite chacun à :

  • Séparer le rôle professionnel de la morale personnelle : Un architecte doit concevoir un bâtiment selon les souhaits de son client dans les limites de la loi, même s'il désapprouve le projet.
  • Comprendre l'importance des processus et des règles : Dans un conflit, même en étant sûr de son bon droit, il est essentiel de respecter les procédures établies pour que la décision finale soit légitime.
  • Reconnaître l'utilité du contradictoire : Dans les débats quotidiens ou professionnels, avoir une personne qui défend l'opinion opposée (même impopulaire) permet d'éviter les décisions hâtives ou partiales.

Critiques ou limites

Malgré sa force, cette position peut susciter des critiques :

  • Le risque de la déshumanisation du droit : En mettant l'accent uniquement sur la technique juridique, certains peuvent percevoir un manque de prise en compte de la victime et du préjudice moral et humain causé.
  • La question de l'éthique personnelle : Où se situe la ligne rouge pour l'avocat ? La citation mentionne "à condition qu'il ne me demande pas de plaider une absurdité", ce qui suggère une limite, mais celle-ci reste subjective.
  • L'analogie avec le chirurgien est parfois contestée, car le chirurgien sauve une vie, alors que l'avocat dans certains cas tente d'alléger la peine d'une personne qui a pris une vie. Les enjeux moraux ne sont pas identiques.

Morale ou résumé à retenir

La leçon essentielle à retenir est que la justice, dans un État de droit démocratique, est avant tout une mécanique légale et procédurale. Le rôle de l'avocat, quel que soit le client, est de garantir l'équilibre des forces et le respect des droits de la défense. Sans cette garantie, même pour les "assassins", la société ne bascule pas vers la justice, mais vers une vengeance organisée, ce qui mine les fondements de notre système judiciaire.

Analyse du vocabulaire et du style

Le style d'Éric Dupond-Moretti est direct, percutant et didactique. Il utilise :

  • Des termes juridiques forts (pénalistes, Droit, justice, vengeance légale, acquittement) qui ancrent le propos dans son domaine d'expertise.
  • Un raisonnement structuré en trois points (Primo, Secundo, Tertio), ce qui renforce la logique et l'autorité de l'argumentation.
  • L'analogie marquante du chirurgien, rendant l'argumentation plus accessible et mémorable pour le grand public. L'usage du terme "robe" fait référence à la tenue professionnelle, symbolisant le devoir et la fonction de l'avocat.
  • La formule finale "il n' y a plus de justice, seulement une vengeance légale" est un choc rhétorique qui résume et dramatise l'enjeu.

Lien avec d’autres pensées

Cette pensée est au cœur du concept de l'État de droit et trouve des échos chez de grands penseurs du droit et de la philosophie politique :

  • Elle rappelle les principes de la Présomption d'innocence et du Droit à un procès équitable, formalisés dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 (article 9) et la Convention Européenne des Droits de l'Homme (article 6).
  • Elle se rapproche des idées de Cesare Beccaria, qui, dans Des délits et des peines (1764), plaidait pour une justice proportionnelle et rejetait l'arbitraire et la cruauté de la vengeance.
  • Elle est alignée sur la célèbre phrase de Voltaire : "Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent," en insistant sur la nécessité de protéger les procédures pour éviter l'erreur judiciaire.

Origine de la citation

La citation est extraite de l'un des ouvrages d'Éric Dupond-Moretti, avocat renommé et personnalité médiatique française, qui a souvent été confronté à cette question en raison de sa carrière et de sa médiatisation, notamment lors de la défense de figures très controversées.

Auteur de la citation

L'auteur est Éric Dupond-Moretti. Il est un avocat pénaliste français célèbre, surnommé "Acquittator" en raison de son nombre record d'acquittements obtenus. Il a également occupé la fonction de Garde des Sceaux, ministre de la Justice, dans le gouvernement français, ce qui confère un poids institutionnel supplémentaire à ses propos.

Contexte historique ou culturel

Cette citation s'inscrit dans le contexte culturel français contemporain, où l'actualité judiciaire est très médiatisée. La pression de l'opinion publique et le rôle des médias tendent parfois à juger et condamner les accusés avant même le procès. Dupond-Moretti, connu pour son franc-parler et ses prises de position, intervient pour rappeler la primauté de la loi sur l'émotion collective. Culturellement, son propos est un rappel de l'importance de la procédure contradictoire, héritée du droit romain, comme pilier de la démocratie et de l'État de droit face à la tentation de l'émotion et du populisme judiciaire.

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