La question qu'on me pose régulièrement " Mais comment pouvez-vous donc défendre un assassin ? " - n'a aucun sens. Primo : nous autres pénalistes, ne faisons pas de morale, mais du droit; reprocherait-on, par exemple, à un chirurgien d'opérer un malade du foie pour lui sauver la vie, au motif que s'il est mourant c'est parce qu'il buvait de trop ? Pour l'avocat, c'est la même logique: sa robe est au service de celui qui la demande, à condition qu'il ne me demande pas de plaider une absurdité. Secundo: beaucoup d'accusés reconnaissent avoir commis le crime dont ils répondent, il ne s'agit pas d'entonner le grand air de l'acquittement en dépis du bon sens. Tertio: Si personne ne défend les assassins, il n' a plus de justice, seulement une vengeance légale.
Cette citation d'Éric Dupond-Moretti, avocat pénaliste de renom et ancien Garde des Sceaux, répond à une interrogation fréquente et légitime du public : comment un avocat peut-il défendre une personne coupable, notamment un assassin ? Le sens principal est d'affirmer que le rôle de l'avocat pénaliste est d'appliquer le Droit et non la morale. Il souligne que l'avocat est au service du justiciable, assurant son droit fondamental à la défense, même quand la culpabilité est avérée. Il défend le processus judiciaire lui-même, insistant sur le fait que l'absence de défense mène à la vengeance légale plutôt qu'à la véritable justice.
Bien que concernant le monde judiciaire, cette idée s'applique à toute situation où un professionnel doit mettre ses compétences techniques au service d'un client dont les actions pourraient être jugées moralement répréhensibles par d'autres. Elle invite chacun à :
Malgré sa force, cette position peut susciter des critiques :
La leçon essentielle à retenir est que la justice, dans un État de droit démocratique, est avant tout une mécanique légale et procédurale. Le rôle de l'avocat, quel que soit le client, est de garantir l'équilibre des forces et le respect des droits de la défense. Sans cette garantie, même pour les "assassins", la société ne bascule pas vers la justice, mais vers une vengeance organisée, ce qui mine les fondements de notre système judiciaire.
Le style d'Éric Dupond-Moretti est direct, percutant et didactique. Il utilise :
Cette pensée est au cœur du concept de l'État de droit et trouve des échos chez de grands penseurs du droit et de la philosophie politique :
La citation est extraite de l'un des ouvrages d'Éric Dupond-Moretti, avocat renommé et personnalité médiatique française, qui a souvent été confronté à cette question en raison de sa carrière et de sa médiatisation, notamment lors de la défense de figures très controversées.
L'auteur est Éric Dupond-Moretti. Il est un avocat pénaliste français célèbre, surnommé "Acquittator" en raison de son nombre record d'acquittements obtenus. Il a également occupé la fonction de Garde des Sceaux, ministre de la Justice, dans le gouvernement français, ce qui confère un poids institutionnel supplémentaire à ses propos.
Cette citation s'inscrit dans le contexte culturel français contemporain, où l'actualité judiciaire est très médiatisée. La pression de l'opinion publique et le rôle des médias tendent parfois à juger et condamner les accusés avant même le procès. Dupond-Moretti, connu pour son franc-parler et ses prises de position, intervient pour rappeler la primauté de la loi sur l'émotion collective. Culturellement, son propos est un rappel de l'importance de la procédure contradictoire, héritée du droit romain, comme pilier de la démocratie et de l'État de droit face à la tentation de l'émotion et du populisme judiciaire.