Hiroshima, mon amour...
Quel étrange cri, disait Marguerite Yourcenar, à propos de ce titre de Marguerite Duras. Oui, Marguerite Duras, vous savez, l'apologiste sénile des infanticides ruraux... Marguerite Duras, qui n'a pas écrit que des conneries. Elle en a aussi filmé.
Mais c'est vrai, quel étrange cri : Hiroshima, mon amour. Et pourquoi pas Auschwitz, mon loulou ?
Artiste, Comique (1939 - 1988)
Sens de la citation
Cette citation est une attaque humoristique, grinçante et provocatrice. Le sens principal est de dénoncer l'association entre un événement tragique et historique d'une gravité absolue (le bombardement d'Hiroshima, 1945) et le sentiment personnel et intime qu'est l'amour, tel qu'il apparaît dans le titre du film Hiroshima mon amour de Marguerite Duras et Alain Resnais. Desproges utilise la formule pour pointer une prétendue indécence ou un décalage dans le choix de ce titre. Il le fait par une analogie choquante ("Et pourquoi pas Auschwitz, mon loulou ?"), qui est une figure de rhétorique visant à montrer l'absurdité ou l'inacceptabilité du titre original en le comparant à une autre tragédie historique.
Interprétations possibles
- Critique de l'esthétisation de la souffrance : Desproges pourrait critiquer l'art (ici, le film de Duras) qui utilise des événements historiques atroces comme toile de fond pour une histoire d'amour ou une méditation philosophique, suggérant que cela pourrait minimiser la véritable horreur.
- Attaque personnelle et littéraire : La majeure partie du texte est consacrée à dénigrer Marguerite Duras ("l'apologiste sénile des infanticides ruraux"), montrant que l'attaque du titre est aussi un prétexte pour régler des comptes avec l'écrivaine et son œuvre, qu'il juge avec une ironie mordante.
- Humour noir comme outil de provocation : L'interprétation la plus évidente est celle de l'humour noir, où le tabou (Auschwitz) est volontairement brisé pour créer un choc, forçant la réflexion sur la limite entre l'art, la mémoire et le respect dû aux victimes.
Application dans la vie quotidienne
Bien que Desproges utilise un contexte historique grave, le mécanisme rhétorique de la citation est applicable à la vie quotidienne :
- Pointer un contraste : Utiliser le choc des mots pour souligner une inadéquation choquante entre un événement sérieux et une réaction légère ou inappropriée.
- Critique du sensationnalisme : Remettre en question les titres ou les emballages médiatiques qui cherchent à romantiser ou dramatiser à l'excès une situation pour attirer l'attention.
- Dépasser le politiquement correct : La citation illustre l'acte de bousculer les conventions pour exprimer une opinion franche, même si elle est provocatrice, mais cela doit être manié avec précaution.
Critiques ou limites
- Accusation d'indécence : La limite majeure réside dans l'utilisation d'Auschwitz, ce qui place la citation à la frontière de l'acceptable, même dans le registre de l'humour noir. Certains pourraient y voir une banalisation de la Shoah.
- Injustice envers l'œuvre : La critique de Desproges est purement formelle et ignorerait la richesse du film Hiroshima mon amour, qui utilise justement la tragédie pour explorer les thèmes de la mémoire, de l'oubli et de l'indicible. Le film n'est pas une simple romance.
- Attaque ad personam : La critique de Duras est féroce et relève davantage de l'attaque personnelle que de l'analyse littéraire objective.
Morale ou résumé à retenir
Ce qu'il faut retenir, c'est que le langage est un outil puissant et que l'association des mots peut créer un sens (ou un non-sens) profond. Desproges nous invite, avec son humour ravageur, à faire attention aux mots que nous choisissons, surtout lorsque nous parlons de sujets graves, et à dénoncer le mélange des genres lorsque celui-ci lui semble incongru ou déplacé.
Analyse du vocabulaire et du style
Le style est typique de Pierre Desproges :
- Ironie et Sarcasme : L'ensemble du texte repose sur une ironie mordante.
- Hyperbole et Choc : L'utilisation de l'exemple "Auschwitz, mon loulou" est une hyperbole choquante, destinée à faire réagir violemment le lecteur.
- Lexique Dépréciatif : Le vocabulaire utilisé pour Duras ("apologiste sénile des infanticides ruraux", "conneries") est extrêmement péjoratif et subjectif.
- Construction en Entonnoir : Il part d'un titre, cite Yourcenar (une figure littéraire respectable) pour légitimer son interrogation, puis dévie vers une attaque violente de Duras, pour revenir à la question initiale, qu'il amplifie avec le point de comparaison final.
Lien avec d’autres pensées
- Critique du lyrisme déplacé : La citation est en lien avec les auteurs qui critiquent le lyrisme ou le sentimentalisme jugés excessifs ou mal placés face à l'horreur (par exemple, T.W. Adorno se demandant si l'on pouvait encore faire de la poésie après Auschwitz).
- L'Humour noir : Elle s'inscrit dans la lignée de l'humour noir (Swift, Reiser) qui utilise le malaise et le tabou pour dénoncer et faire réfléchir.
- Dénonciation des Idéologies : Comme beaucoup de ses textes, Desproges critique ici, sous couvert d'humour, une certaine forme d'intellectualisme ou d'idéologie qu'il rejette.
Origine de la citation
Cette citation est extraite de l'œuvre de Pierre Desproges, très probablement d'une chronique radiophonique ou d'un spectacle. Desproges était connu pour ses critiques littéraires et culturelles cinglantes dans ses chroniques pour France Inter ou dans ses livres (comme Chroniques de la haine ordinaire).
Auteur de la citation
L'auteur est l'humoriste et écrivain français Pierre Desproges (1939-1988), maître de l'humour noir, de la dérision et de la provocation littéraire. Il était célèbre pour son style sophistiqué, son vocabulaire riche et sa capacité à bousculer les conventions avec élégance.
Contexte historique ou culturel
- Le Film : Le titre Hiroshima mon amour (1959) est celui d'un film culte réalisé par Alain Resnais, sur un scénario de Marguerite Duras. Le film est un chef-d'œuvre de la Nouvelle Vague, explorant la mémoire, l'oubli et l'indicible à travers une histoire d'amour entre une actrice française et un architecte japonais à Hiroshima, quatorze ans après le bombardement.
- La Polémique Duras : Desproges fait référence à une polémique antérieure ou à son dégoût pour le style et les prises de position de Marguerite Duras, qu'il attaque très souvent. L'allusion aux "infanticides ruraux" fait peut-être référence à des thèmes abordés dans certaines de ses œuvres ou à des faits divers qu'elle aurait commentés.
- Le Style Desproges : La citation s'inscrit dans le contexte culturel des années 1980 en France, où l'humour, notamment à la radio, a commencé à se libérer, permettant à des figures comme Desproges de manier l'impertinence et le tabou avec une grande liberté.