Il est bien vrai que nous devons penser au bonheur d'autrui ; mais on ne dit pas assez que ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c'est encore d'être heureux.
On a assez remarqué que la peur est plus grande de loin, et diminue quand on approche.
Qui est mécontent des autres est toujours mécontent de soi.
L'homme s'ennuie du plaisir reçu et préfère de bien loin le plaisir conquis.
L'idée de l'expérience ne remplace nullement l'expérience.
On prouve tout ce qu'on veut ; la vraie difficulté est de savoir ce qu'on veut prouver.
Fondez une société des honnêtes gens, tous les voleurs en seront.
Il n'est pas difficile d'avoir une idée. Le difficile, c'est de les avoir toutes.
Le conteur, qui veut faire paraître des choses absentes, y réussit bien mieux par le frisson de la peur que par une suite raisonnable de causes et d'effets.
Qu'il est difficile d'être courageux sans se faire méchant !
Il suffit de se croire esclave pour l'être en effet.
On dit communément que le nu est toujours chaste pourvu qu'il soit beau ; mais il vaut mieux dire que le nu est beau pourvu qu'il soit chaste.
Nous n'avons pas toujours assez de force pour supporter les maux d'autrui.
L'acclamation a fait tous les maux de tous les peuples. Le citoyen se trouve porté au-delà de son propre jugement, le pouvoir acclamé se croit aimé et infaillible ; toute liberté est perdue.
Il ne faut pas oublier que le théâtre est un plaisir de société.
C'est un devoir aussi envers les autres que d'être heureux.
Apprendre à ne plus penser, c'est une partie, et non la moindre, de l'art de penser.
La grande affaire est de donner à l'enfant une haute idée de sa puissance, et de la soutenir par des victoires ; mais il n'est pas moins important que ces victoires soient pénibles, et remportées sans aucun secours étranger.
La raison est virile devant l'objet, puérile devant le récit.
Le bonheur est une récompense qui vient à ceux qui ne l'ont pas cherchée.
Il y a deux espèces d'hommes, ceux qui s'habituent au bruit et ceux qui essaient de faire taire les autres.
Chacun apprend à penser en même temps qu'il apprend à parler.
Certes Dieu n'a pas besoin de l'existence ; c'est bien plutôt l'existence qui a besoin de Dieu.
On n'aime guère un bonheur qui vous tombe ; on veut l'avoir fait.
Qui n'imite point n'invente point.
Tout pouvoir est triste.
Un homme ferme et même inébranlable dans son jugement sur nous nous donne force et consistance.
L'intelligence, c'est ce qui dans un homme reste toujours jeune.
Jamais un orateur n'a pensé en parlant, jamais un auditeur n'a pensé en écoutant.
La peur est l'âme de l'avarice; les provisions et trésors sont des précautions, l'ordre est un moyen d'en faire revue; et la crainte du prodigue y est peut-être plus naturelle que la crainte des voleurs.
Rien n'est plus dangereux qu'une idée, quand on n'a qu'une idée.
Un fou, c'est un homme qui croit tout ce qui lui vient à l'esprit.
Les dieux sont nos métaphores, et nos métaphores sont nos pensées.
On s'instruit en voyageant. Mais, d'un autre côté, l'on n'apprend jamais que ce que l'on sait déjà.
C'est la foi même qui est Dieu.
Ce sont les passions et non les intérêts qui mènent le monde.
Ce qui est vrai, c'est ce qui réussit.
L'ennui est une sorte de jugement d'avance.
Exister est bon ; non pas meilleur qu'autre chose ; car exister est tout, et ne pas exister n'est rien.
Se réveiller, c'est se mettre à la recherche du monde.
La peur est ce qui gronde dans le courage ; la peur est ce qui pousse le courage au delà du but.
La légende est à mes yeux plus vraie que l'histoire.
L'honneur national est comme un fusil chargé.
Penser, c'est inventer sans croire.
Qui délibère oublie de vouloir.
Chacun imite un courage qui n'a jamais existé.
Espérer, c'est être heureux.
Penser sur des maximes c'est se reconnaître et reprendre le gouvernement de soi.
Toutes les passions, comme le nom l'indique, viennent de ce que l'on subit au lieu de gouverner.
Les importants n'argumentent point : ils se contentent de répéter la même chose, en haussant le ton.