L'homme s'ennuie du plaisir reçu et préfère de bien loin le plaisir conquis.
On devrait bien enseigner aux enfants l'art d'être heureux quand les circonstances sont passables et que toute l'amertume de la vie se réduit à de petits ennuis et à de petits malaises.
Qu'il est difficile d'être courageux sans se faire méchant !
Il est bien vrai que nous devons penser au bonheur d'autrui ; mais on ne dit pas assez que ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c'est encore d'être heureux.
Il n'est pas difficile d'avoir une idée. Le difficile, c'est de les avoir toutes.
Fondez une société des honnêtes gens, tous les voleurs en seront.
On prouve tout ce qu'on veut ; la vraie difficulté est de savoir ce qu'on veut prouver.
Il suffit de se croire esclave pour l'être en effet.
Apprendre à ne plus penser, c'est une partie, et non la moindre, de l'art de penser.
On dit communément que le nu est toujours chaste pourvu qu'il soit beau ; mais il vaut mieux dire que le nu est beau pourvu qu'il soit chaste.
La raison est virile devant l'objet, puérile devant le récit.
La ruse des gouvernants est vieille comme le monde. La ruse des gouvernés est bien jeune.
Nous n'avons pas toujours assez de force pour supporter les maux d'autrui.
C'est un devoir aussi envers les autres que d'être heureux.
Il ne faut pas oublier que le théâtre est un plaisir de société.
Le bonheur est une récompense qui vient à ceux qui ne l'ont pas cherchée.
La grande affaire est de donner à l'enfant une haute idée de sa puissance, et de la soutenir par des victoires ; mais il n'est pas moins important que ces victoires soient pénibles, et remportées sans aucun secours étranger.
L'acclamation a fait tous les maux de tous les peuples. Le citoyen se trouve porté au-delà de son propre jugement, le pouvoir acclamé se croit aimé et infaillible ; toute liberté est perdue.
Le conteur, qui veut faire paraître des choses absentes, y réussit bien mieux par le frisson de la peur que par une suite raisonnable de causes et d'effets.
Qui est mécontent des autres est toujours mécontent de soi.
Il y a deux espèces d'hommes, ceux qui s'habituent au bruit et ceux qui essaient de faire taire les autres.
Chacun apprend à penser en même temps qu'il apprend à parler.
Certes Dieu n'a pas besoin de l'existence ; c'est bien plutôt l'existence qui a besoin de Dieu.
Jamais un orateur n'a pensé en parlant, jamais un auditeur n'a pensé en écoutant.
L'intelligence, c'est ce qui dans un homme reste toujours jeune.
Ce qui est vrai, c'est ce qui réussit.
C'est la foi même qui est Dieu.
Les dieux sont nos métaphores, et nos métaphores sont nos pensées.
Un homme ferme et même inébranlable dans son jugement sur nous nous donne force et consistance.
On n'aime guère un bonheur qui vous tombe ; on veut l'avoir fait.
On s'instruit en voyageant. Mais, d'un autre côté, l'on n'apprend jamais que ce que l'on sait déjà.
Rien n'est plus dangereux qu'une idée, quand on n'a qu'une idée.
L'ennui est une sorte de jugement d'avance.
Ce sont les passions et non les intérêts qui mènent le monde.
Se réveiller, c'est se mettre à la recherche du monde.
Un fou, c'est un homme qui croit tout ce qui lui vient à l'esprit.
La légende est à mes yeux plus vraie que l'histoire.
La peur est l'âme de l'avarice; les provisions et trésors sont des précautions, l'ordre est un moyen d'en faire revue; et la crainte du prodigue y est peut-être plus naturelle que la crainte des voleurs.
La peur est ce qui gronde dans le courage ; la peur est ce qui pousse le courage au delà du but.
Exister est bon ; non pas meilleur qu'autre chose ; car exister est tout, et ne pas exister n'est rien.
Tout pouvoir est triste.
Chacun imite un courage qui n'a jamais existé.
Penser sur des maximes c'est se reconnaître et reprendre le gouvernement de soi.
Les importants n'argumentent point : ils se contentent de répéter la même chose, en haussant le ton.
Penser, c'est inventer sans croire.
Toutes les passions, comme le nom l'indique, viennent de ce que l'on subit au lieu de gouverner.
Tous les sentiments guerriers viennent d'ambition, non de haine.
Qui délibère oublie de vouloir.
L'effet de l'ivresse est d'abolir les scrupules du sentiment.
Refuser en donnant des raisons, ce n'est point refuser.