Réplique La Haine sur Mort, Travail et Dieu

- Ça fait vraiment du bien de chier un coup ! Vous croyez en Dieu ? il faut pas se demander si on croit en Dieu mais si Dieu croit en nous.

J'avais un ami qui s'appelait Gonvalski, on était déportés ensemble en Sibérie, quand on va en Sibérie dans les camps de travail, on voyage dans le train à bestiaux qui traverse la steppe glacée pendant 2 journées entières sans croiser personne, on se tient chaud ensemble mais le problème c'est qu'il faut se soulager, faut chier, c'est pas possible dans le wagon, le seul moment où l'on s'arrêtait c'était pour mettre de l'eau dans la locomotive mais Gonvalski était très prude même quand nous devions nous laver ensemble il était très gêné. Et moi je me moquais souvent de lui à cause de ça.

Donc le train s'arrête et tout le monde en profite pour aller chier en dehors du wagon et moi j'ai tellement embêté Gonvalski avec ça, il préférait aller un peu plus loin. Donc le train repart et tout le monde saute dedans car le train il n'attend pas.

Le problème c'est que Gonvalski s'était éloigné derrière un buisson il n'avait pas fini de chier, donc je le vois il sort de derrière un buisson en tenant son pantalon dans sa main pour ne pas qu'il tombe, il essayait d'attraper le train. Je lui tends la main mais chaque fois quand il me tend la sienne il lâche son pantalon qui tombe sur ses chevilles. Il remonte son pantalon, il reprend sa course. Et chaque fois son pantalon il tombe quand il me tend la main.

- Et alors après qu'est-ce qui s'est passé ?

- Rien, Gonvalski est mort de froid.

Explications

Sens littéral de la réplique

  • La réplique commence par une exclamation triviale et viscérale sur le soulagement physique ("ça fait vraiment du bien de chier un coup!").
  • Elle bascule immédiatement vers une question métaphysique sur la foi ("Vous croyez en Dieu?"), redéfinie par le vieux Russe : "il faut pas se demander si on croit en Dieu mais si Dieu croit en nous."
  • L'essentiel de la réplique est ensuite le récit de l'anecdote tragico-burlesque de Gonvalski durant la déportation en Sibérie. Le problème du besoin naturel (faire ses besoins) dans un contexte extrême (le train à bestiaux) est au cÅ“ur de l'histoire.
  • La chute, "Rien, Gonvalski est mort de froid," arrive de manière inattendue, coupant court à la tension narrative et soulignant l'absurdité de la mort.

Sens symbolique ou profond

  • Le besoin contre la pudeur : L'histoire de Gonvalski symbolise le conflit entre la nécessité vitale (se soulager, attraper le train pour survivre) et les contraintes sociales ou personnelles (la pudeur). La pudeur de Gonvalski devient littéralement une chaîne qui le mène à sa perte.
  • L'Absurde et la Tragédie du Quotidien : La réplique mélange l'extrême (la déportation, la mort par le froid) et le trivial (déféquer, un pantalon qui tombe). Cette juxtaposition brutale symbolise l'absurdité de la condition humaine, où une mort tragique peut survenir pour une raison pathétique.
  • La Foi Inversée : La phrase sur Dieu ("si Dieu croit en nous") suggère que la vraie question n'est pas la foi de l'homme, mais la valeur que l'humanité a aux yeux d'une puissance supérieure, ou l'absence de cette valeur, renforçant le sentiment de l'absurde.

Interprétations possibles

  • Critique de l'inadaptation : Gonvalski pourrait représenter l'individu incapable de s'adapter aux conditions extrêmes et qui périt à cause de l'attachement à des conventions sociales (la pudeur) devenues inutiles dans un environnement de survie.
  • Métaphore de l'Échec : La lutte de Gonvalski pour attraper le train tout en remontant son pantalon est une métaphore poignante de l'effort vain et répétitif face à un destin inexorable. Il ne peut jamais saisir l'opportunité (la main tendue) sans sacrifier sa dignité (son pantalon).
  • Cynisme Existentiel : L'indifférence avec laquelle le vieux Russe conclut l'histoire ("Rien, Gonvalski est mort de froid") peut être interprétée comme un fatalisme froid, acquis après avoir survécu à des horreurs. La vie est fragile et peut être perdue pour la raison la plus ridicule.

Usage ou référence dans la vie quotidienne

  • La réplique est surtout utilisée pour évoquer l'absurdité d'une situation ou l'ironie du sort, en référence à la chute inattendue de l'histoire de Gonvalski.
  • Elle peut être citée pour souligner la façon dont des détails triviaux ou des hésitations peuvent avoir des conséquences dramatiques.
  • La formule "il faut pas se demander si on croit en Dieu mais si Dieu croit en nous" est une citation philosophique parfois reprise pour interroger la condition humaine et la justice divine ou cosmique.

Morale ou idée à retenir

  • L'idée principale est que dans l'existence, surtout dans les moments critiques, la survie l'emporte sur les conventions. S'accrocher à une forme de dignité ou de pudeur inappropriée peut être fatal.
  • Il y a également une morale sur le fatalisme : la vie est injuste, et la mort peut frapper de manière inattendue et pour une raison dérisoire, annulant toute la gravité des efforts précédents.
  • Enfin, la scène rappelle la banalité du mal et de la tragédie : même les expériences les plus terribles sont parsemées de besoins et d'incidents quotidiens.

Origine de la réplique

  • Cette réplique culte est tirée du film français La Haine (1995), écrit et réalisé par Mathieu Kassovitz.
  • La scène est un moment de pause et de contraste dans la violence du film. Le personnage du vieux Russe a été interprété par l'acteur Gédéon Burkhard (non crédité au générique pour ce rôle).
  • L'anecdote elle-même, avec sa structure narrative et sa chute, a la saveur des contes ou des blagues d'Europe de l'Est ou de l'ex-URSS, intégrant l'humour noir et l'expérience concentrationnaire.

Contexte de la scène

  • La scène se déroule dans la cage d'escalier d'un immeuble parisien. Les trois protagonistes (Vinz, Saïd et Hubert) viennent de rencontrer un vieux Russe assis sur le palier.
  • Le vieux Russe, visiblement seul et errant, leur demande l'heure. C'est après ce contact initial qu'il lance sa longue tirade, sans transition, mêlant la satisfaction d'un besoin primaire à une interrogation existentielle, et enchaînant sur son histoire de déportation.
  • Le contraste entre l'environnement de la cité et le récit de la Sibérie, entre les jeunes de banlieue et le survivant des goulags, est fort et illustre le thème de l'universalité de la souffrance et de la survie.

Lien avec le personnage

  • Le vieux Russe : Le personnage est un survivant des camps de travail (goulag) en Sibérie. Son histoire et sa philosophie de vie sont façonnées par l'extrême. Il a une vision du monde fataliste, cynique, et une approche très terre-à-terre des grandes questions. Son récit est une tentative de transmettre, à une jeunesse qui se sent opprimée, une perspective sur la vraie misère et la survie.
  • Saïd : Saïd est celui qui demande la suite de l'histoire ("Et alors après qu'est-ce qui s'est passé ?"), symbolisant l'attente d'une conclusion narrative classique ou d'une leçon. Sa réception de la chute brutale est celle du spectateur : l'incrédulité face à l'absurdité de la conclusion.

Lien avec le thème du film

  • La violence et l'absurdité : Le film La Haine montre une jeunesse piégée, confrontée à une violence absurde et systémique. L'histoire de Gonvalski, mort pour une raison dérisoire dans un contexte d'oppression extrême, fait écho à la violence gratuite et au destin incertain des jeunes de la cité.
  • La survie : Le thème central est la survie dans un environnement hostile. La survie en Sibérie, racontée par le Russe, est un miroir de la survie dans la cité : dans les deux cas, le monde n'attend pas, et une petite erreur peut être fatale.
  • La Dignité vs. la Nécessité : La Haine explore comment la dignité est bafouée ou doit être sacrifiée dans l'urgence. Le Russe a survécu en se moquant de la pudeur de Gonvalski, tandis que Gonvalski est mort en tentant de la préserver.

Impact émotionnel ou culturel

  • Humour noir et Choc : La réplique provoque un rire nerveux, immédiatement suivi par un sentiment de malaise ou de choc. C'est l'un des moments les plus marquants du film, car il cristallise l'utilisation de l'humour noir pour aborder des thèmes graves.
  • Culte et mémétique : La phrase est devenue culte dans la culture populaire française et est souvent citée pour sa construction narrative brillante et sa chute inattendue. Elle est un exemple parfait de l'ironie tragique.
  • Réflexion : Culturellement, la scène incite à une réflexion sur la différence entre les "petits" problèmes du quotidien moderne (symbolisés par Saïd) et l'expérience de la survie extrême (symbolisée par le vieux Russe).

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