Réplique La 25e heure sur Vie, Travail et Dieu

- T'as qu'un mot à dire et je prends à gauche.

- À gauche ? Pour aller où?

- Au Washington Bridge, on fille vers l'Ouest, on te fait soigner quelque part et on reprend la route, on cherche une petite ville. On fait une étape à Chicago pour voir un match, t'as toujours dit que tu voulais voir le stade de Willing Field.

- Arrête !

- J'dis ça... si c'est ce que tu veux j'suis prêt à le faire !

- Non ils prendront ton bar.

- Bon Dieu... mon bar ! Qu'il le prenne le bar, tu crois que mon bar compte plus pour moi que toi, mon fils unique ? T'as qu'un mot à dire et on fille.

- Ils me retrouveront... ils me rattraperaient tôt ou tard...

- Tu sais comment ils reprennent les gens ? Ils les reprennent quand ils reviennent chez eux. La plupart des fugitifs finissent par rentrer, c'est ça la grosse erreur ! Tu te sauves et tu ne reviens jamais. Tu ne reviens plus. Nous roulerons, sans nous arrêter, jusqu'à ce qu'on se retrouve au milieu de nul part, jusqu'au bout de la route, t'es jamais allé à l'ouest de Philadelphie ? C'est une région magnifique ! C'est très beau, c'est un autre monde ! Les montagnes, les collines, les vaches, les fermes et les églises toutes blanches. On s'est fait une virée une fois avec ta mère, avant ta naissance. De Brooklyn au Pacifique en trois jours ! On avait juste assez d'argent pour l'essence, les sandwiches et les cafés mais on y est arrivé. Homme, femme, enfants, tout le monde devrait voir le désert une fois avant de mourir ! Rien à des kilomètres à la ronde, rien que le sable, les pierres, les cactus et le ciel bleu ! Personne en vue, pas de sirènes, pas d'alarmes de voiture, personne ne klaxonne, pas de fous furieux qui hurle et qui pisse dans la rue, tu trouves le silence tu trouve la paix... Tu peux trouver Dieu. Alors on va vers l'Ouest, on roule jusqu'à ce qu'on trouve une jolie petite ville. Ces villes dans le désert tu sais pourquoi elle on poussé là ? Parce que des gens avaient prix la tangente ! Le désert, c'est fait pour tout recommencer. On trouvera un bar et on boira des coups, ça fait deux ans que je n'ai pas bu d'alcool mais je boirais avec toi un dernier whisky, avec mon fils ! On prendra notre temps, on savourera le gout de l'ange tranquillement et puis je m'en irai. Je te dirai de ne surtout pas m'écrire, de jamais venir me voir, je te dirai que je crois au Royaume de Dieu et qu'je suis sur que nous serons de nouveau réunis avec ta mère mais pas dans cette vie. Tu trouveras du travail, un salaire en liquide, un patron qui ne posera pas de questions, tu repartiras de zéro et tu ne reviendras jamais. Monty, les gens comme toi c'est un cadeau ! Où que tu ailles tu te feras toujours des amis. Tu travailleras dur. Tu garderas la tête baissée et les lèvres serrées, tu referas ta vie là-bas. Tu es New-yorkais ! Ça ne changera jamais ! Tu as New York dans le sang, tu finiras tes jours dans l'ouest mais tu resteras un New-yorkais. Tes amis te manqueront, ton chien te manquera mais tu es fort, tu as l'énergie de ta mère. Tu es fort comme elle ! Tu trouveras les gens qu'il faut et tu te feras faire des papiers... Un permis de conduire. Tu oublieras ton ancienne vie, tu ne pourras pas revenir, tu ne pourras ni appeler, ni écrire tu ne te retourneras pas, tu t'inventeras une nouvelle vie et tu la vivras tu m'entends ? Tu vivras ta vie comme tu aurais dû la vivre et peut-être que, à ça c'est dangereux, et peut-être que dans quelques années, tu enverras un mot à Naturel. Tu fonderas une famille, tu élèveras bien tes enfants, tu m'entends ? Offre leur une bonne vie Monty ! Tout ce dont ils ont besoin ! Si tu as un fils peut-être que tu l'appelleras James, c'est un bon nom ! Et peut-être qu'un jour, dans de nombreuses années, quand je serai parti rejoindre ta mère, tu réuniras les tiens et tu leur diras la vérité ! Tu leur diras qui tu es et d'où tu viens ! Tu leur raconteras toute l'histoire et tu leur demanderas s'ils savent à quel point ils ont de la chance d'être là et tu leur diras qu'ils ont bien failli ne jamais voir le jour, tout cela a bien failli ne jamais exister.

Explications

Sens littéral de la réplique

Cette réplique est un long monologue de James Brogan, le père de Monty Brogan, qui tente de convaincre son fils de fuir la justice et de s'inventer une nouvelle vie dans l'Ouest américain, loin de New York. Littéralement, il lui propose un plan d'évasion précis et détaillé : prendre la route vers l'Ouest via le Washington Bridge, se faire soigner, s'arrêter à Chicago pour un match, puis rouler sans s'arrêter jusqu'au désert, une région où ils pourront trouver le silence, la paix et l'occasion de tout recommencer. Le père est prêt à sacrifier son bar pour la liberté de son fils. Il insiste sur l'importance de ne jamais revenir, de couper les ponts, de s'inventer une nouvelle identité (nouveaux papiers, nouveau nom pour son futur fils) et de vivre enfin la vie qu'il est censé vivre.

Sens symbolique ou profond

  • Le Désert comme Purification et Renaissance : L'Ouest et le désert symbolisent une zone vierge, un espace de silence et de paix, loin de la corruption et de l'agitation de New York. C'est un lieu de rédemption et de seconde chance, où Monty peut se purifier de son ancienne vie. Le père évoque même l'idée de "trouver Dieu" dans ce silence.
  • Le Sacrifice Paternal : Le refus de James de laisser son bar s'interposer entre lui et le salut de son fils ("Qu'il le prenne le bar, tu crois que mon bar compte plus pour moi que toi, mon fils unique ?") est un symbole fort de l'amour paternel et du sacrifice absolu.
  • La Quête de l'Ouest : L'idée d'aller vers l'Ouest est une référence au mythe américain de la Frontière, un espace d'opportunités et de liberté pour ceux qui veulent échapper au passé et construire leur propre destin.

Interprétations possibles

  • Certains y voient le fantasme d'une évasion impossible, une tentative désespérée et lyrique du père de retarder l'inévitable incarcération de son fils.
  • La proposition peut être interprétée comme un ultime cadeau d'adieu, un moment de vérité où le père transmet à son fils une vision idéalisée de ce que pourrait être sa vie, pour lui donner la force d'affronter son sort.
  • Le monologue est aussi le récit d'un héritage : James Brogan transmet à Monty l'énergie de sa mère et le caractère de "New-yorkais", des traits qui l'aideront à survivre dans sa nouvelle vie.

Usage ou référence dans la vie quotidienne

Bien que ce monologue ne soit pas cité textuellement dans les conversations courantes, les thèmes qu'il aborde sont souvent repris :

  • L'idée de « tout plaquer » ou de « prendre la tangente » pour recommencer une vie ailleurs.
  • La référence au « désert » ou au « grand Ouest » comme lieu d'une nouvelle chance, loin du stress des grandes métropoles.
  • L'expression de l'amour inconditionnel d'un parent prêt à tout sacrifier pour son enfant.

Morale ou idée à retenir

La morale principale est qu'il est toujours possible de recommencer sa vie et de trouver la paix, même après avoir commis des erreurs. Cependant, cette renaissance a un prix : l'obligation de couper définitivement les ponts avec le passé. Le message central est celui de l'espoir et de la persévérance, symbolisés par la nouvelle vie à construire dans l'Ouest.

Origine de la réplique

La réplique est tirée du film « La 25e Heure » (25th Hour) sorti en 2002. Le scénario est adapté du roman éponyme de David Benioff. Le film est réalisé par Spike Lee.

Contexte de la scène

Cette scène se déroule dans une voiture. Monty Brogan (Edward Norton), un trafiquant de drogue, passe ses dernières heures de liberté avant de commencer une peine de sept ans de prison. Il est en compagnie de son père, James Brogan (Philip Seymour Hoffman), qui le conduit vers la prison. Le monologue est prononcé par le père alors qu'il est au volant, juste avant de prendre l'autoroute menant à la prison. C'est l'ultime opportunité, l'ultime tentation, pour Monty de fuir, d'où l'intensité dramatique de la scène.

Lien avec le personnage

Ce long discours donne une profondeur émotionnelle au personnage de James Brogan, un homme simple (propriétaire d'un bar) qui se révèle être un père profondément aimant et lyrique, prêt à tout abandonner pour la survie de son fils. Il incarne le dernier recours et la conscience de Monty. Pour Monty Brogan, le monologue représente la beauté et la promesse d'une vie qu'il a désormais perdue, un futur rêvé qui ne se réalisera pas.

Lien avec le thème du film

Le film entier est une réflexion sur les derniers moments et les choix de vie. Le thème principal est celui de la rédemption, du temps qui passe et du sacrifice. Le monologue de James offre une échappatoire idéale qui contraste fortement avec la réalité sordide de l'emprisonnement imminent de Monty, soulignant le thème du destin inéluctable. Il est l'expression d'un désir d'effacer les erreurs du passé et de la nostalgie d'une vie simple et honnête.

Impact émotionnel ou culturel

Cette scène est souvent considérée comme l'un des moments les plus poignants du film, notamment grâce à la performance de Philip Seymour Hoffman. Elle a un impact émotionnel fort en raison de son optimisme désespéré : c'est un vibrant plaidoyer pour la vie et l'espoir, prononcé à l'heure la plus sombre. Culturellement, la réplique renforce le mythe de l'Ouest comme terre de l'ultime liberté et réaffirme la force inconditionnelle du lien familial face à l'adversité.

Autres citations

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