Tu as été communiste ? Hein, la vie de rêve, on te dit quoi il faut penser, ou quoi écrire, quoi faire, être le mouton tu aimes ? Avec le troupeau des bêtes beeeeeeeeeh beeeeeeeeh cogno cogno. Tu bosses 8-10 heures en te crevant le cul, tu gagnes rien, rien il est à toi. Tu veux qu'on te mettes un tchévato dans ta maison il surveille, il espionne tout ce que tu fais, tout ce que tu dis tout. Tu sais que je bouffe du poulpe trois fois par jour et ces putains de poulpes me sortent par les oreilles maintenant, j'ai des putains de godasses russes que mes pieds ils passent au travers. Qu'est tu dis de ça. Toi tu aimes mieux que je restes dans le lit à rien foutre hein ne me prend pas pour un voyou mec, je suis pas une pute qui vole. Je suis Monsieur Montana Tony prisonnier politique renvoyé par Cuba. J'exige mon putain d'asile politique maintenant. C'est le président Jimmy Carter qui le dit, OK ?
Cette réplique, prononcée avec une intensité palpable, est une diatribe de Tony Montana contre le communisme et le manque de liberté qu'il représente, tout en affirmant sa propre dignité. Littéralement, Tony s'adresse à un interrogateur, l'accusant d'avoir vécu la «vie de rêve» du mouton obéissant au système. Il décrit la vie sous ce régime comme un travail éreintant et non rémunérateur (8-10 heures pour rien gagner), où la propriété individuelle est inexistante («rien il est à toi»). Il évoque la surveillance omniprésente («un tchévato dans ta maison il surveille, il espionne tout ce que tu fais») et les privations matérielles (manger du poulpe constamment, des «godasses russes» trouées). Enfin, il se défend avec véhémence d'être un simple voyou ou un voleur, se présentant comme un prisonnier politique cubain, un «Monsieur Montana Tony», exigeant l'asile politique promis par le président américain Jimmy Carter.
Au-delà de l'échange direct, cette tirade symbolise la quête éperdue de liberté et d'autonomie de Tony. Le «mouton» et le «troupeau des bêtes» sont des métaphores cinglantes pour désigner la conformité et l'aliénation des individus dans un régime totalitaire. Le contraste entre le «rien il est à toi» et ce qu'il recherchera plus tard (le pouvoir, la richesse) est frappant. Tony aspire à une vie où il n'est dicté par personne, où ses actions et ses pensées lui appartiennent. Il se positionne comme un résistant au système cubain, cherchant à s'extirper d'un enfer politique pour, ironiquement, plonger dans un autre type de servitude : celui de l'avidité et du crime.
Bien que longue, l'esprit de la réplique est souvent résumé par sa virulence et son rejet viscéral de l'oppression. Elle est moins citée mot pour mot que d'autres lignes du film, mais le passage sur le «mouton» et le «troupeau» est parfois utilisé pour dénoncer la soumission passive à un système ou à une idéologie. Le nom même de Tony Montana est devenu synonyme d'une ambition démesurée et d'une soif de réussite débridée, et ce discours est le point de départ de cette ascension.
L'idée principale est que l'homme, en l'occurrence Tony, aspire fondamentalement à la liberté individuelle et à l'autonomie. Cependant, la réplique porte en elle une ironie tragique : en fuyant l'oppression politique pour la liberté capitaliste, Tony ne fait que troquer une servitude pour une autre, celle de l'argent et du crime. La morale pourrait être que l'absence de liberté politique est insupportable, mais que la liberté mal gérée ou sans scrupule mène tout aussi sûrement à la destruction personnelle.
La réplique est extraite du film culte Scarface, sorti en 1983. Le scénario a été écrit par le réalisateur et scénariste américain Oliver Stone, et le film est une adaptation du film du même nom de 1932, inspiré par la montée d'Al Capone. C'est l'un des premiers dialogues de Tony Montana, incarné par l'acteur Al Pacino.
La scène se déroule dans un camp de réfugiés aux États-Unis, où Tony Montana et son ami Manny Ribera sont détenus après avoir fait partie des réfugiés de Mariel arrivés de Cuba en Floride en 1980. Tony est interrogé par des agents de l'immigration américaine qui cherchent à déterminer s'il doit obtenir l'asile politique. Tony, mis au défi et irrité, prononce cette tirade pour justifier sa présence et sa prétendue qualité de «prisonnier politique» persécuté par le régime de Fidel Castro, réclamant avec force ses droits d'asile.
Ce monologue est fondamental pour définir le caractère de Tony Montana. Il révèle :
Cette scène est l'acte de naissance de son parcours, celui d'un homme qui veut tout et tout de suite.
Le thème principal de Scarface est le rêve américain perverti. La réplique pose les bases de ce thème en montrant l'origine du désir de Tony : fuir un système où «rien n'est à toi» pour s'emparer de tout dans une société qui, en théorie, le permet. Le film est une exploration brutale de la cupidité et de l'excès, montrant comment la quête de liberté et de richesse par des moyens illégaux mène inéluctablement à la chute, une conséquence directe de la soif de pouvoir exprimée dans cette scène initiale.
L'impact de cette réplique réside dans la performance d'Al Pacino : le débit rapide, la colère rentrée, l'accent et la posture créent une tension dramatique intense. Culturellement, elle a contribué à établir Tony Montana comme une figure archétypale de l'immigrant en colère, prêt à tout pour la réussite, même si cette réussite est bâtie sur le crime. Elle résonne avec ceux qui se sentent oppressés ou qui rejettent l'uniformité, faisant de Tony un héros-anti-héros complexe et mémorable.