Kiki la cocotte avait pour amant coco le concasseur de cacao. Kiki la cocotte voulait un caraco kaki avec un col en caracule, mais coco le concasseur de cacao n'avait que des caracos kakis sans col en caracule et des cols en caracule sans caraco kaki. Le marquis caduc et concave conquis par le caquet coquin de kiki la cocotte, compris qu'un caraco kaki sans col en caracule et qu'un col en caracule sans caraco kaki feraient un caraco kaki avec un col en caracule. Et c'est depuis ce jour là que coco le concasseur de cacao est cocu.
Voilà, c'est juste pour dire que je pouvais finir une phrase !
Cette réplique est une longue phrase articulée autour d'un jeu de mots et d'allitérations en "k" et en "c" (prononcés "k"). Elle raconte une petite histoire humoristique et un peu absurde. L'histoire met en scène Kiki la cocotte, qui est le terme familier pour une courtisane ou une femme aux mœurs légères, et son amant, Coco le concasseur de cacao. Kiki veut un vêtement spécifique, un caraco kaki avec un col en caracule (le caracule étant une fourrure). Coco ne peut lui offrir les deux éléments ensemble. Le marquis caduc et concave (un noble déclinant) intervient, comprenant qu'en assemblant un caraco kaki sans col et un col en caracule sans caraco, on obtient l'objet désiré. La chute de l'histoire révèle que, suite à cette intervention, Coco est devenu cocu.
Le sens profond réside dans la décomposition et la recomposition d'un désir. Kiki désire une chose précise, mais son amant ne possède que les parties. Le marquis, figure extérieure et plus astucieuse, montre que la somme des parties fait le tout, même si elles sont initialement séparées. La réplique symbolise une forme de débrouillardise ou de sophistication mondaine (celle du marquis) qui parvient à satisfaire un caprice (celui de Kiki) là où l'honnête travailleur (Coco) échoue par manque de vision ou de moyen. La cocufication finale est la conséquence inattendue de cette "solution".
En tant que réplique culte, elle est parfois citée ou parodiée pour :
L'idée principale est peut-être que le désir (ou la coquetterie) peut mener à des situations inattendues et que la simple logique (celle du marquis) peut contourner les obstacles pour satisfaire ce désir. La morale est légère : « Méfiez-vous des solutions trop ingénieuses qui pourraient vous coûter cher » (dans le cas de Coco, sa fidélité conjugale).
La réplique provient du film français L'Étudiante, sorti en 1988, réalisé par Claude Pinoteau. Elle est prononcée par le personnage d'Édouard Jansen, surnommé Ned, joué par Jean-Pierre Marielle.
Dans le film, Ned, le personnage plus âgé et mentor de l'héroïne (Valentine, jouée par Sophie Marceau), est un écrivain qui a du mal à finir ses phrases ou ses projets. Il est un peu désabusé et a une façon de parler très travaillée et imagée. Il sort cette longue phrase, qui est une sorte de conte ou de fable, après un moment où il s'est plaint de son incapacité à s'exprimer correctement ou à aller au bout de ses idées. Il l'utilise comme une démonstration ironique et virtuose de sa capacité à achever une construction linguistique, aussi alambiquée soit-elle. La phrase finale, « Voilà , c'est juste pour dire que je pouvais finir une phrase ! », est la clé de la scène.
Cette réplique est parfaitement en phase avec le personnage de Ned. Il est un intellectuel, lettré et un peu excentrique, ayant un penchant pour les jeux de mots et les constructions narratives complexes. Elle illustre à la fois son talent d'écrivain (la construction et le rythme) et son côté ludique et théâtral. C'est une manière pour lui de prouver sa valeur tout en faisant preuve d'autodérision sur ses blocages d'écrivain.
Le film traite de la quête de soi, de l'apprentissage et de la transmission. La réplique de Ned, bien que décalée, est un moment de transmission : il montre à Valentine que l'on peut surmonter ses blocages, même si c'est par l'absurde. Elle ajoute aussi une touche d'humour et de fantaisie littéraire dans une histoire qui mélange les difficultés des études et les complications de l'amour, rappelant que l'art et la parole sont des domaines où la liberté et l'ingéniosité règnent.
Grâce à la performance de Jean-Pierre Marielle, connu pour son phrasé unique et son jeu puissant, la réplique a marqué les esprits. Elle est souvent citée pour sa verve et son originalité. L'impact est principalement celui de l'admiration pour la virtuosité linguistique et le rire provoqué par l'absurdité de l'histoire et la chute inattendue. Elle est un exemple emblématique de l'humour français basé sur les jeux de mots et la finesse des dialogues.