Le pouvoir exige des corps tristes. Le pouvoir a besoin de tristesse parce qu'il peut la dominer. La joie, par conséquent, est résistance, parce qu'elle n'abandonne pas. La joie en tant que puissance de vie, nous emmène dans des endroits où la tristesse ne nous mènerait jamais.
Cette puissante citation de Gilles Deleuze explore la relation entre le pouvoir, la tristesse et la joie. Selon lui, le pouvoir cherche à exercer sa domination sur des sujets faibles, et la tristesse représente cette faiblesse ou cette passivité qui le rend malléable et contrôlable. À l'inverse, la joie est présentée comme une force de résistance, une puissance vitale qui affirme la vie et l'amène vers des possibilités d'émancipation et de création, hors de l'emprise du pouvoir.
Vous pouvez appliquer cette pensée en adoptant une éthique de la puissance de vie :
La leçon essentielle est que votre état émotionnel n'est pas neutre : il est une force. Adopter une éthique de la joie est un acte de libération personnelle et politique. La véritable résistance ne réside pas seulement dans la lutte contre ce qui opprime, mais surtout dans l'affirmation enthousiaste de votre propre capacité à créer et à vivre pleinement.
Cette idée est profondément liée à la philosophie de Baruch Spinoza, en particulier dans son œuvre l'Éthique. Spinoza définit la joie comme le passage à une perfection ou une puissance d'agir plus grande, et la tristesse comme la diminution de cette puissance. Deleuze prolonge cette éthique pour en faire une arme politique contre les formes de pouvoir qui cherchent à diminuer la vie. On trouve aussi des échos chez Friedrich Nietzsche, avec l'idée d'une affirmation joyeuse de la vie et du rejet des valeurs de ressentiment et d'ascétisme.
Bien que cette pensée soit souvent attribuée à des entretiens ou des conférences, elle est emblématique de l'esprit de l'œuvre de Gilles Deleuze, en particulier celle écrite avec Félix Guattari (Anti-Œdipe, Mille Plateaux) ou ses textes sur Spinoza. Il est difficile de lui donner une source unique et précise sous cette forme exacte, mais elle résume parfaitement sa philosophie de l'affirmation et de la puissance.
L'auteur est le philosophe français Gilles Deleuze (1925-1995). Il est l'une des figures majeures de la philosophie française post-structuraliste de la seconde moitié du XXe siècle. Ses travaux portent notamment sur l'histoire de la philosophie (Spinoza, Nietzsche), la théorie littéraire, et surtout l'élaboration de concepts novateurs en métaphysique et en politique, souvent en collaboration avec le psychanalyste Félix Guattari.
Deleuze écrit à une époque marquée par les remises en question des structures de pouvoir traditionnelles, notamment après Mai 68. Le contexte est celui d'une critique des institutions (l'asile, la prison, l'école, l'usine) et des systèmes de contrôle. Sa philosophie, qui met en avant la libération du désir et l'affirmation des flux de vie (la «puissance de vie»), est une réponse philosophique et politique aux formes modernes de contrôle et de normalisation de l'individu.