Réplique Hiroshima mon amour sur Amour, Temps et Bien

Je te rencontre.

Je me souviens de toi.

Qui es-tu ?

Tu me tues.

Tu me fais du bien.

Comment me serais-je doutée que cette ville était faite à la taille de l'amour ?

Comment me serais-je doutée que tu étais fait à la taille de mon corps même ?

Tu me plais. Quel événement. Tu me plais.

Quelle lenteur tout à coup.

Quelle douceur.

Tu ne peux pas savoir.

Tu me tues.

Tu me fais du bien.

Tu me tues.

Tu me fais du bien.

J'ai le temps.

Je t'en prie.

Dévore-moi.

Déforme-moi jusqu'à la laideur.

Pourquoi pas toi ?

Pourquoi pas toi dans cette ville et dans cette nuit pareille aux autres au point de s'y méprendre ?

Je t'en prie...

(...)

Je te rencontre.

Je me souviens de toi.

Cette ville était faite à la taille de l'amour.

Tu étais fait à la taille de mon corps même.

Qui es-tu ?

Tu me tues.

J'avais faim. Faim d'infidélités, d'adultères, de mensonges et de mourir.

Depuis toujours.

Je me doutais bien qu'un jour tu me tomberais dessus.

Je t'attendais dans une impatience sans borne, calme.

Dévore-moi. Déforme-moi à ton image afin qu'aucun autre, après toi, ne comprenne plus du tout le pourquoi de tant de désir.

Nous allons rester seuls, mon amour.

La nuit ne va pas finir.

Le jour ne se lèvera plus sur personne.

Jamais. Jamais plus. Enfin

Tu me tues.

Tu me fais du bien.

Nous pleurerons le jour défunt avec conscience et bonne volonté.

Nous aurons plus rien d'autre à faire que, plus rien que pleurer le jour défunt.

Du temps passera. Du temps seulement.

Et du temps va venir.

Du temps viendra. Où nous ne saurons plus nommer ce qui nous unira. Le nom ne s'en effacera peu à peu de notre mémoire.

Puis, il disparaîtra tout à fait.

Explications

Origine de la réplique

  • Cette réplique est tirée du scénario du film franco-japonais "Hiroshima mon amour", sorti en 1959.
  • Le film a été réalisé par Alain Resnais.
  • Le scénario et les dialogues ont été écrits par Marguerite Duras.
  • La réplique est prononcée par le personnage féminin principal, une actrice française.

Contexte de la scène

  • La scène se situe vers la fin du film, après une nuit passée ensemble à Hiroshima.
  • Elle est adressée au personnage masculin, un architecte japonais.
  • C'est un long monologue intérieur et extérieur qui exprime à la fois la naissance et la fatalité de leur passion.
  • Elle est dite au moment où leur liaison éphémère touche à sa fin, et que la femme doit retourner en France.
  • Elle fait suite à l'échange célèbre sur l'oubli et le souvenir : « Tu n'as rien vu à Hiroshima. Rien. »

Lien avec le personnage

  • La réplique est centrale pour le personnage de l'actrice française. Elle révèle :
    • Sa faim de passion absolue (« J'avais faim. Faim d'infidélités, d'adultères, de mensonges et de mourir. »).
    • Son besoin de dépassement de soi par l'amour ou la destruction (« Dévore-moi. Déforme-moi jusqu'à la laideur. »).
    • Son expérience traumatique passée avec un soldat allemand à Nevers pendant la guerre (évoquée implicitement par le souvenir et le délire amoureux qui se confondent).
  • Elle cherche dans cet amour une nuit sans fin, un refuge hors du temps et du monde.

Sens littéral de la réplique

  • Littéralement, la réplique est une adresse passionnée et contradictoire à l'amant.
  • Elle décrit la rencontre comme un événement fatal.
  • Elle exprime la douleur et le plaisir mêlés de cette passion (« Tu me tues. Tu me fais du bien. »).
  • Elle lie l'amant à la ville d'Hiroshima, le comparant à une fatalité à la taille de son corps.
  • Elle appelle à une destruction/fusion totale avec l'autre (« Dévore-moi. Déforme-moi... »).
  • Elle annonce la promesse d'un amour éternel, hors du temps et de la mémoire.

Sens symbolique ou profond

  • La réplique symbolise la nature ambivalente de la passion qui est à la fois créatrice et destructrice (l'Eros et le Thanatos).
  • Elle est une métaphore de la mémoire et de l'oubli : l'amour est si intense qu'il doit effacer le passé (le jour défunt) et les noms pour survivre dans l'éternité du couple.
  • L'idée que « cette ville était faite à la taille de l'amour » peut signifier qu'un lieu de destruction absolue (Hiroshima) peut paradoxalement être le lieu d'une re-création amoureuse totale.
  • C'est l'expression d'un désir absolu qui cherche à abolir les limites du corps et du temps.

Lien avec le thème du film

  • La réplique incarne le thème central du film : la difficulté de se souvenir et la nécessité d'oublier.
    • L'amour éphémère d'Hiroshima devient un nouveau traumatisme (une « bombe » émotionnelle) qui permet, ou oblige, à se confronter à l'ancien traumatisme de Nevers.
  • Elle est l'illustration du désir de fusion face à la solitude existentielle, en résonance avec l'isolement laissé par la tragédie historique.
  • Elle lie l'intime (l'histoire d'amour) à l'universel (Hiroshima, la destruction, la mémoire collective).

Interprétations possibles

  1. L'Amour comme Révélation/Catastrophe : L'amour est ici un événement aussi marquant et destructeur (et donc mémorable) que la bombe sur Hiroshima. Il met fin à la vie d'avant.
  2. La Confusion des Passions : La faim d'amour, de mort et d'infidélité sont confondues, suggérant que le désir est toujours impur, mêlé à une soif d'autodestruction.
  3. L'Éternité dans l'Instant : La volonté que « La nuit ne va pas finir » et que « Le jour ne se lèvera plus » est la quête de l'éternité absolue de l'amour, rompant avec le flux du temps historique.

Impact émotionnel ou culturel

  • Cette réplique est considérée comme un monument de la littérature amoureuse au cinéma.
  • Elle frappe par son lyrisme passionnel et sa violence contenue, caractéristiques du style de Marguerite Duras.
  • L'expression « Tu me tues. Tu me fais du bien. » est devenue une formule culte qui exprime l'oxymore de la passion destructrice.
  • Elle a marqué la Nouvelle Vague française par son approche non linéaire du dialogue, qui est plus une poésie intérieure qu'une simple conversation.

Morale ou idée à retenir

  • L'idée principale est que la véritable passion est une force absolue qui nous dépasse, qu'elle est un mélange indissociable de plaisir et de douleur, de vie et de mort.
  • Elle nous rappelle que l'amour peut être une quête d'anéantissement de soi pour mieux se retrouver ou se fondre en l'autre, et que cette fusion est une façon d'échapper à la marche inexorable du temps et de l'oubli.

Autres citations

Mon

Lionel Jospin
Homme d'état, Homme politique, Ministre, Premier ministre, Socialiste (1937 - )
H. L. Mencken
Artiste, Critique, écrivain, Journaliste, Linguiste, Scientifique (1880 - 1956)
Emiliano Zapata
Général, Militaire (1879 - 1919)
Georges Duby
Historien, Scientifique (1919 - 1996)
François Hertel
Artiste, Dramaturge, écrivain, Enseignant, Essayiste, Philosophe, Poète, Prêtre, Religieux (1905 - 1985)
Philippe Jaccottet
Artiste, Conjoint de célébrité, Critique, Critique littéraire, écrivain, épistolier, Journaliste, Poète, Traducteur (1925 - 2021)
Jacques Attali
Artiste, économiste, écrivain, Homme politique, Scientifique (1943 - )
théophile gautier
Artiste, Critique, écrivain, Journaliste, Poète, Romancier (1811 - 1872)

Nuit


Amour


Conscience


Vos répliques de films cultes et séries