Les cimetières, ces musées de menhirs.
Pourquoi construire des déchetteries quand les musées d'art contemporain font l'affaire ?
Les hommes ont créé des cimetières afin de se fixer dans le temps et, malgré la décomposition dans l'espace.
Les cimetières sont pleins de gens arrivés.
Les cimetières sont des alignements de fétiches.
Les cimetières sont remplis de gens qui se croyaient indispensables.
Pour qui s'emmerde au trou perdu, la mort du voisin ranime toujours un peu la vie, mettant la joie dans les chaumières où le père noue sa cravate noire des cimetières en fredonnant des javas usées.
Nos coeurs et nos greniers sont des cimetières d'objets.
Je suis las des musées, cimetières des arts.
Les cimetières sont les témoins flagrants de la défaite de l'homme face au temps et à lui-même.
Ah ! Quelle nécropole que le coeur humain ! Pourquoi aller aux cimetières ? Ouvrons nos souvenirs, que de tombeaux !
Les cimetières sont pleins de gens irremplaçables et qu'on n'a pas remplacés.
Un jour, il y aura des cimetières pour non-fumeurs.
Je rêve de musées comme des librairies où l'entrée serait libre, où l'on pourrait venir à n'importe quelle heure regarder une seule oeuvre, sans file d'attente, sans passe, sans flèches, et se dire « je reviendrai demain ».
J'ai passé une heure à regarder des pots et des tapis dans les musées l'autre jour, jusqu'à ce que le désir de les décrire devienne comme le désir des convoitises de la chair.
Les cimetières sont les boîtes de nuit du néant.
Il ne reste rien de nos lettres d'amour...de grands cimetières sous la plume.
Les seuls espaces libres sont les cimetières dont la superficie dépasse presque, dans Paris même, la superficie des jardins. Honneur à la ville qui prévoit plus d'oxygène pour ses morts que pour ses vivants.
Les bibliothèques, ces cimetières de l'esprit humain, où dorment tant de morts qu'on n'évoquera plus.
Il y a des cimetières tellement tristes que ça donne pas envie de mourir.
C'est encore dans les cimetières que l'on fréquente le plus fort pourcentage d'êtres complètement inoffensifs.
Les musées sont les endroits les plus vivants du monde. On dirait une concentration d'humanité.
Non, jamais dans la balance de la connaissance, le poids de tous les musées du monde ne pèsera autant qu'une étincelle de sympathie humaine.
Les cimetières sont des champs de fleurs.
Les plus grands musées du monde ne contiennent que des butins.
Les cimetières sont remplis de gens irremplaçables.
Les cimetières sont les vestiaires de la résurrection.
On pourrait citer de nombreux exemples de dépenses inutiles. Les murs des cimetières : ceux qui sont dedans ne peuvent pas en sortir, et ceux qui sont à l'extérieur ne veulent pas y entrer.
Les cimetières sont des portefeuilles où toutes les valeurs humaines en s'y plaçant se réduisent à zéro.
Dans certains cimetières américains, certains défunts demandent que l'on plante un arbre sur leur tombe. Sans doute ces gens pensent-ils qu'ils ne mourront pas tout à fait si leur ADN passe dans l'arbre dont les racines vont s'enfoncer dans la tombe, proliférer, faire des rejetons... Le fantasme de l'immortalité revisité par la science !