Les livres que le monde appelle immoraux sont des livres qui montrent au monde sa propre honte.
Les films sont des portes ouvertes, et à chaque porte, je change de personnage et de vie.
"Je suis fier d'être français!", "Je suis fier d'être Juif" sont des affirmations ridicules, même si l'on perçoit le ressort de tels orgueils.
D'autre part, à la limite, les Européens d'Europe sont des colonisateurs en puissance : il leur suffirait de débarquer. Peut-être même tirent-ils quelques profits de la colonisation. Ils sont solidaires, ou pour le moins complices de cette grande agression collective de l'Europe. De tout leur poids, intentionnellement ou non, ils contribuent à perpétuer l'oppression coloniale.
Les films, pour moi, sont des parenthèses, des ruptures, des étapes
Les larmes sont des signes, non des expressions.
Les révolutions, c'est quand les battes de base-ball et les clubs de golf changent de main. Les dates exactes et les litres de sang sont des querelles d'historiens.
Les hommes de coeur même si leurs opinions sont des plus antinomiques, sont toujours capables de dialogue, de compréhension mutuelle et de tolérance. Les hommes moins généreux sont, au contraire, prêts à se haïr à mort pour des futilités.
Les mots historiques sont des mots que de grands personnages prononcèrent après leur mort.
Les affaires d'honneur sont des cases hermétiques auxquelles ont seuls accès les maîtres du drame.
Qu'est-ce que des amants ? Ce sont des nouveau-nés.
Les journalistes sont des avocats qui écrivent.
Nos heures sont des minutes lorsque nous espérons savoir, et des siècles quand nous savons ce qui se peut apprendre.
Avant tout, les artistes sont des hommes qui veulent devenir inhumains.
Les poètes sont des Christs et ils versent leur sang pour nous.
On serait tenté de dire : "Ce ne furent que des mots", mais, aux moments importants de l'histoire, les mots sont des actes.
L'information peut tout nous dire. Elle a toutes les réponses. Mais ce sont des réponses à des questions que nous n'avons pas posées, et qui ne se posent sans doute même pas.
Les adolescents sont des jeunes gens qui manifestent leur soif d'originalité en s'habillant tous exactement de la même façon.
Les croyances sont des choses, alors que le respect ne peut avoir pour objet que des personnes.
Mes hiers marchent avec moi. Ils ne marchent pas, ce sont des visages gris qui regardent par-dessus mon épaule.
Presque tous les hommes sont des esclaves pour la même raison que les Spartiates attribuent à la servitude des Perses - le manque de pouvoir pour prononcer la syllabe "Non". Pouvoir prononcer ce mot et vivre seul, sont les seuls moyens de préserver sa liberté et son caractère.
Crèches, écoles maternelles : dès que l'enfant commence à reconnaître des formes, il est façonné par une pensée politique. La première couleur qu'on lui fait aimer est le rouge. Les premiers gestes qu'il imite sont révolutionnaires - lever le poing, en frappant le sol du talon. Les premiers chants sont des hymnes guerriers.
Les Français sont des jeunes gens toute leur vie.
J'ai beaucoup d'affection pour Norman Bates et beaucoup de sympathie. De même, le public, je pense. Il n'est pas seulement un monstre. Il est torturé. Le vrai secret des films de Psycho est qu'ils sont des tragédies d'abord et des films d'horreur en second lieu.
Les femmes ne livrent jamais tout au premier regard. Elles gardent des provisions. Les hommes sont des affamés.
Les cimetières sont des alignements de fétiches.
Les enfants sont des révélateurs terribles de ce que leur insufflent les parents.
Pour moi, la fantasy a toujours été un moyen d'explorer la réalité: elle explore le fait que votre vie interne, vos rêves et les images bizarres et les choses qui vous viennent sont des outils importants pour traiter de vrais problèmes.
Les mines sont des engins triplement créateurs d'emplois puisqu'il faut d'abord les fabriquer, ensuite les poser et enfin les enlever.
Tous les enfants, vous le savez, sont des bouleaux qui dans la nuit, en demandant pardon, écartent leurs branches, leur écorce, et vont, jusqu'au vertige danser sur la grand-place, au milieu des poulains.
Aimer un être, c'est lui accorder une préférence, lui reconnaître une primauté, donc un pouvoir. Etre aimé, c'est se voir reconnaître cette prépondérance. Nos rapports amoureux sont des rapports de puissance à puissance.
Toutes les passions sont exagératrices et elles ne sont des passions que parce qu'elles exagèrent.
Le goût de la vérité pure, le sentiment du beau séparé de tout autre besoin, sont des plantes délicates autant que nobles ; il leur faut un ciel pur, un soleil brillant, une atmosphère douce. Elles courbent la tête et se flétrissent au milieu des orages.
Les lois de nos désirs sont des dés sans loisir.
Si les artistes sont des pelouses, les imprésarios en sont les tondeuses.
Cela fait partie de la beauté de toute littérature : vous découvrez que vos désirs sont des désirs universels, que vous n'êtes pas seul et différent des autres. Vous en êtes.
Les diplomates sont des bébés en chapeaux de soie jouant avec de la dynamite.
Il y a les très beaux et les très laids. Quant à la peau et ses histoires de couleurs, ce sont des caprices de la géographie, rien de plus.
Les arcs de triomphe sont des éléments pétrifiés.
Tous les progrès sociaux de l'humanité, et nombre de progrès scientifiques, sont le fruit d'utopistes qui ont montré le chemin. Ce sont des hommes et des femmes que l'on a moqués, marginalisés, emprisonnés, assassinés pour avoir osé remettre en cause l'ordre établi en pointant ses aberrations ou sa stupidité.
Le chagrin, la tristesse, le découragement sont des impuretés que vous avez laissées pénétrer en vous et qui troublent votre organisme psychique, comme le poison ou d'autres substances toxiques troublent votre organisme physique.
Les promeneurs qui respectent la pelouse sont des êtres dominés. Ils refusent d'admettre que la pensée humaine demeure tout aussi sauvage que les herbes de la préhistoire.
Les boîtes pleines de vieux papiers sont des tombes, il ne faut pas les ouvrir.
Tous les professeurs sont des écrivains futurs ou manqués. Rien ne fait plus plaisir à un professeur que de convaincre un de ses élèves qu'il n'y a rien de plus beau que la littérature.
Les miroirs sont des glaces qui ne fondent pas ; ce qui fond, c'est qui s'y mire.
Les seules vérités qui vaillent sont des vérités lentes.
Passé la quarantaine, les gens se laissent rarement convaincre de quoi que ce soit. A dix-huit ans, nos convictions sont des collines du haut desquelles nous regardons le monde ; à quarante-cinq, des cavernes où nous nous en cachons.
Les gestes de l'orateur sont des métaphores.
Les vertus sont des titres, les souffrances sont des droits.
Les joueurs sont ainsi faits, moralement ce sont des lâches et n'est-ce pas inhibition de leur volonté qu'ils risquent tout sur une seule carte avec une insouciance déconcertante ?