Ce qu'il faut dire aux Algériens, ce n'est pas qu'ils ont besoin de la France, mais que la France a besoin d'eux. C'est qu'ils ne sont pas un fardeau ou que, s'ils le sont pour l'instant, ils seront au contraire la partie dynamique et le sang jeune d'une nation française dans laquelle nous les aurons intégrés. J'affirme que dans la religion musulmane rien ne s'oppose au point de vue moral à faire du croyant ou du pratiquant musulman un citoyen français complet. Bien au contraire, sur l'essentiel, ses préceptes sont les mêmes que ceux de la religion chrétienne, fondement de la civilisation occidentale. D'autre part, je ne crois pas qu'il existe plus de race algérienne que de race française [...]. Je conclus : offrons aux musulmans d'Algérie l'entrée et l'intégration dans une France dynamique. Au lieu de leur dire comme nous le faisons maintenant: « Vous nous coûtez très cher, vous êtes un fardeau ».
Cette citation de Jean-Marie Le Pen, bien que paraissant positive, est un appel à une politique d'intégration des Musulmans d'Algérie au sein de la nation française. Elle suggère que l'Algérie n'est pas seulement dépendante de la France, mais que la France a un besoin vital de la population algérienne, qu'il s'agisse de son dynamisme ou de sa "jeunesse". L'auteur cherche à inverser la perception courante qui voyait les Algériens comme un "fardeau" pour présenter leur intégration comme un enrichissement et un atout pour l'avenir de la France. Il affirme aussi qu'il n'y a pas d'obstacle moral ou religieux fondamental à cette pleine citoyenneté.
Bien que datant d'une époque particulière, les idées sous-jacentes à cette citation résonnent encore aujourd'hui dans les débats sur l'immigration et l'intégration :
Le message central est l'idée que l'intégration réussie passe par une reconnaissance mutuelle : la nation d'accueil doit reconnaître la valeur et l'apport potentiel des nouveaux arrivants, et non les considérer uniquement comme un poids. C'est un plaidoyer pour une France dynamique qui tire sa force de sa capacité à absorber et à valoriser la diversité, offrant en retour une citoyenneté complète et des perspectives d'avenir.
Cette pensée se rapproche des courants républicains et universalistes en France qui défendent l'idée d'une citoyenneté unique et indivisible, où l'individu est citoyen avant d'être défini par son origine ou sa religion. Elle se distingue cependant des courants multiculturalistes, qui prônent la reconnaissance des identités et des communautés distinctes au sein de la nation. Elle s'inscrit dans le débat historique entre l'assimilation (adoption de la culture dominante) et l'intégration (participation à la vie nationale tout en conservant certaines spécificités).
Cette citation est extraite d'un article ou d'un entretien de Jean-Marie Le Pen publié dans le journal Aspects de la France en 1957, à une époque charnière de la guerre d'Algérie.
L'auteur est Jean-Marie Le Pen, homme politique français, connu pour avoir été le fondateur et le président du Front National (aujourd'hui Rassemblement National). Au moment de cette déclaration, il était un jeune député de tendance poujadiste puis de l'extrême-droite nationaliste, fervent défenseur de l'Algérie française et engagé dans le conflit.
La citation est prononcée en pleine guerre d'Algérie (1954-1962). La France était alors confrontée à une insurrection armée et un débat majeur déchirait la classe politique et l'opinion publique sur le statut de l'Algérie, officiellement considérée comme un ensemble de départements français. La proposition de Jean-Marie Le Pen s'inscrivait dans le camp des partisans de l'Algérie française, qui cherchaient à consolider le lien par une intégration politique, économique et sociale accrue des Musulmans algériens (souvent appelés "Français musulmans d'Algérie" ou FMA) pour contrer la volonté d'indépendance.