Putain même crier, j'arrive plus. J'en ai marre, j'en peux plus, j'étouffe. J'me sens étriquée dans ce monde. C'est pas possible c'qu'on nous balance en pleine face tous les jours. Depuis qu'j'ai ouvert les yeux sur cette putain d'terre, y a toujours cette même puanteur, ce règne, cette sale mentalité, comme si on voyait rien, qu'on ressentait rien, qu'on entendait rien, qu'on pensait rien. Comme si c'était un jeu, mettre un coup dans toute cette merde, faire exploser tout ça. Mais putain, p'pa, qu'est-ce t'as fait pour que Chirine aille se j'ter dans les bras de n'importe qui ? Pourquoi tu lui as refusé les tiens ? Regarde comme elle se sent plus femme, pourquoi tu l'a j'tée quand elle est devenue Femme ? Ta mentalité de merde. À cause de toi, voilà c'que j'ai vu. Mais qu'est-ce qui m'a pris d'aller dans cette putain d'soirée ? Qu'est-ce que j'avais besoin de ramener ma gueule dans ces chiottes ? Qu'est-ce que j'avais envie d'aller danser avec toutes ces filles que j'ne pourrai jamais respecter ? Tous ces squelettes aux seins gonflés, aux bouches enflées qui ne font qu'entretenir cette fausse liberté sexuelle. Faussement choisie, faussement voulue, faussement naturelle, mais même pas le mérite d'être de vrais prostituées. Mais des fausses putes pour satisfaire aux faux mecs, une espèce en voie de développement. Toutes ces connasses qui attendent de trouver des connards qui vont les entretenir toute leur vie comme des poules. Négocier, trouver l'âme qui voudra d'une bouffonne qui est prête à fermer sa gueule tant que le chèque tombe. Trouver un sans cervelle qui viendra chercher sa marchandise, sa putain de poupée.
Cette réplique, prononcée par le personnage de Lya, est un long monologue exprimant une profonde détresse et une immense colère. Elle commence par l'expression d'un épuisement émotionnel (« Putain même crier, j'arrive plus. J'en ai marre, j'en peux plus, j'étouffe. ») et d'un sentiment d'oppression dans le monde. Le texte s'articule ensuite autour d'une double critique :
C'est un cri de révolte contre une hypocrisie perçue, la superficialité et l'instrumentalisation du corps féminin.
Le monologue de Lya est un puissant symbole du désarroi d'une jeunesse confrontée à la désillusion et à la violence du monde, qu'elle soit physique (la violence familiale) ou systémique (le sexisme, la consommation, l'objectification des femmes).
Cette réplique peut être interprétée de plusieurs manières :
Bien que ce monologue ne soit pas une citation communément utilisée, les thèmes qu'il aborde résonnent fortement dans le débat quotidien :
L'idée principale à retenir est que la véritable liberté et le respect de soi ne peuvent être atteints au prix de l'aliénation, qu'elle soit dictée par le patriarcat familial ou par les faux-semblants d'une « liberté » sexuelle dévoyée et matérialiste. Le texte appelle à une prise de conscience et à une révolte contre l'hypocrisie et la superficialité qui réduisent l'être humain à une marchandise.
Cette réplique est extraite de l'œuvre « Des Poupées Et Des Anges », un roman de Nora Hamdi, adapté ensuite en film en 2008. Elle est prononcée par le personnage de Lya, interprété à l'écran par Leïla Bekhti.
Le contexte précis est celui d'une explosion de rage et de désespoir de Lya, la sœur cadette. Elle est probablement dans un moment d'intimité ou de confrontation (le tutoiement indique qu'elle s'adresse directement à son père, ou parle d'elle-même mais en s'adressant à lui mentalement). Lya, révoltée et lucide, vient de prendre la mesure de la détresse de sa sœur Chirine, qui est tombée dans un milieu ambigu de mannequinat et de prostitution. La réplique est le point de rupture où elle connecte la violence et le rejet de son père (qui a cessé de parler à Chirine après sa puberté) à la descente aux enfers de sa sœur, et plus largement, à la misère morale et sexuelle du monde.
Lya est le personnage de la révoltée, de la "garçonne" qui refuse les codes féminins traditionnels pour échapper à l'objectification et à l'aliénation qu'elle observe. Elle pratique le Taekwondo et s'habille de manière androgyne pour éviter d'être vue comme un objet de désir, à l'opposé de sa sœur Chirine. Cette réplique est l'expression la plus pure de son identité et de sa lutte. Elle est le porte-parole de l'authenticité face à la superficialité, se positionnant en tant qu'observatrice lucide et critique de la condition féminine dans son milieu.
La réplique est au cœur des thèmes du film et du livre :
L'impact de cette réplique réside dans sa brutalité émotionnelle et sa lucidité féroce. Elle utilise un langage cru pour dépeindre une réalité sociale souvent tue, suscitant chez le spectateur ou le lecteur un sentiment de malaise, de colère et de reconnaissance. Culturellement, elle s'inscrit dans un courant d'œuvres (souvent issues de la banlieue) qui donnent la parole à une jeunesse marginalisée et confrontée à la dureté des rapports sociaux, en particulier les inégalités de genre et l'instrumentalisation des corps féminins dans la quête de reconnaissance et de richesse.