Réplique Des poupées et des anges sur Vie, Femme et Liberté

Putain même crier, j'arrive plus. J'en ai marre, j'en peux plus, j'étouffe. J'me sens étriquée dans ce monde. C'est pas possible c'qu'on nous balance en pleine face tous les jours. Depuis qu'j'ai ouvert les yeux sur cette putain d'terre, y a toujours cette même puanteur, ce règne, cette sale mentalité, comme si on voyait rien, qu'on ressentait rien, qu'on entendait rien, qu'on pensait rien. Comme si c'était un jeu, mettre un coup dans toute cette merde, faire exploser tout ça. Mais putain, p'pa, qu'est-ce t'as fait pour que Chirine aille se j'ter dans les bras de n'importe qui ? Pourquoi tu lui as refusé les tiens ? Regarde comme elle se sent plus femme, pourquoi tu l'a j'tée quand elle est devenue Femme ? Ta mentalité de merde. À cause de toi, voilà c'que j'ai vu. Mais qu'est-ce qui m'a pris d'aller dans cette putain d'soirée ? Qu'est-ce que j'avais besoin de ramener ma gueule dans ces chiottes ? Qu'est-ce que j'avais envie d'aller danser avec toutes ces filles que j'ne pourrai jamais respecter ? Tous ces squelettes aux seins gonflés, aux bouches enflées qui ne font qu'entretenir cette fausse liberté sexuelle. Faussement choisie, faussement voulue, faussement naturelle, mais même pas le mérite d'être de vrais prostituées. Mais des fausses putes pour satisfaire aux faux mecs, une espèce en voie de développement. Toutes ces connasses qui attendent de trouver des connards qui vont les entretenir toute leur vie comme des poules. Négocier, trouver l'âme qui voudra d'une bouffonne qui est prête à fermer sa gueule tant que le chèque tombe. Trouver un sans cervelle qui viendra chercher sa marchandise, sa putain de poupée.

Explications

Sens littéral de la réplique

Cette réplique, prononcée par le personnage de Lya, est un long monologue exprimant une profonde détresse et une immense colère. Elle commence par l'expression d'un épuisement émotionnel (« Putain même crier, j'arrive plus. J'en ai marre, j'en peux plus, j'étouffe. ») et d'un sentiment d'oppression dans le monde. Le texte s'articule ensuite autour d'une double critique :

  • Une critique sociale et familiale, adressée directement à son père, le blâmant pour l'attitude qu'il a eue envers sa sÅ“ur Chirine après qu'elle est devenue une femme, et qui l'aurait poussée vers de mauvaises fréquentations ou la prostitution.
  • Une critique acerbe des normes de la féminité et de la sexualité contemporaine, en particulier de certaines filles qu'elle qualifie de « fausses putes » cherchant à s'enrichir en se soumettant à des « faux mecs » et en entretenant une « fausse liberté sexuelle ».

C'est un cri de révolte contre une hypocrisie perçue, la superficialité et l'instrumentalisation du corps féminin.

Sens symbolique ou profond

Le monologue de Lya est un puissant symbole du désarroi d'une jeunesse confrontée à la désillusion et à la violence du monde, qu'elle soit physique (la violence familiale) ou systémique (le sexisme, la consommation, l'objectification des femmes).

  • Le sentiment d'« étouffement » et d'être « étriquée » symbolise le refus des contraintes et des rôles traditionnels qui lui sont assignés.
  • L'image des « squelettes aux seins gonflés, aux bouches enflées » renvoie à l'idée de la femme-objet, une marchandise falsifiée, symbole d'une aliénation moderne sous couvert de « liberté sexuelle ».
  • Le parallèle entre sa sÅ“ur Chirine et les « poupées » connote la perte d'individualité, l'idée que les femmes sont réduites à des produits consommables par les hommes.
  • Le « règne » et la « sale mentalité » dénoncent un patriarcat persistant et une culture toxique qui dévalorise l'authenticité et la pensée.

Interprétations possibles

Cette réplique peut être interprétée de plusieurs manières :

  1. L'expression d'une souffrance personnelle : C'est avant tout la douleur et la confusion d'une jeune fille qui voit sa sœur se perdre et qui attribue cette détresse à l'échec et à l'hypocrisie de son père et de la société.
  2. Un manifeste féministe en colère : La tirade est une dénonciation violente des mécanismes d'objectification des femmes et de la « prostitution » sociale où les femmes utilisent leur corps pour une sécurité financière, remettant en question la notion de choix dans un système patriarcal.
  3. La critique d'un hyper-consumérisme : La vision des filles qui « négocient » et des « fausses putes » pour de « faux mecs » peut être lue comme une critique de la marchandisation des relations humaines et des corps dans la société moderne.

Usage ou référence dans la vie quotidienne

Bien que ce monologue ne soit pas une citation communément utilisée, les thèmes qu'il aborde résonnent fortement dans le débat quotidien :

  • La remise en question des stéréotypes de genre et de la pression sociale sur l'apparence physique.
  • Le débat sur le féminisme et la liberté sexuelle : Où se situe la frontière entre la liberté de disposer de son corps et l'aliénation par les normes sociales ou l'industrie du sexe ?
  • L'évocation de la violence familiale et de l'inceste symbolique (le rejet du père), malheureusement toujours d'actualité.
  • La critique de la superficialité des relations et des idéaux de beauté véhiculés par les médias.

Morale ou idée à retenir

L'idée principale à retenir est que la véritable liberté et le respect de soi ne peuvent être atteints au prix de l'aliénation, qu'elle soit dictée par le patriarcat familial ou par les faux-semblants d'une « liberté » sexuelle dévoyée et matérialiste. Le texte appelle à une prise de conscience et à une révolte contre l'hypocrisie et la superficialité qui réduisent l'être humain à une marchandise.

Origine de la réplique

Cette réplique est extraite de l'œuvre « Des Poupées Et Des Anges », un roman de Nora Hamdi, adapté ensuite en film en 2008. Elle est prononcée par le personnage de Lya, interprété à l'écran par Leïla Bekhti.

Contexte de la scène

Le contexte précis est celui d'une explosion de rage et de désespoir de Lya, la sœur cadette. Elle est probablement dans un moment d'intimité ou de confrontation (le tutoiement indique qu'elle s'adresse directement à son père, ou parle d'elle-même mais en s'adressant à lui mentalement). Lya, révoltée et lucide, vient de prendre la mesure de la détresse de sa sœur Chirine, qui est tombée dans un milieu ambigu de mannequinat et de prostitution. La réplique est le point de rupture où elle connecte la violence et le rejet de son père (qui a cessé de parler à Chirine après sa puberté) à la descente aux enfers de sa sœur, et plus largement, à la misère morale et sexuelle du monde.

Lien avec le personnage

Lya est le personnage de la révoltée, de la "garçonne" qui refuse les codes féminins traditionnels pour échapper à l'objectification et à l'aliénation qu'elle observe. Elle pratique le Taekwondo et s'habille de manière androgyne pour éviter d'être vue comme un objet de désir, à l'opposé de sa sœur Chirine. Cette réplique est l'expression la plus pure de son identité et de sa lutte. Elle est le porte-parole de l'authenticité face à la superficialité, se positionnant en tant qu'observatrice lucide et critique de la condition féminine dans son milieu.

Lien avec le thème du film

La réplique est au cœur des thèmes du film et du livre :

  • L'opposition entre authenticité et aliénation : Illustrée par l'antithèse entre Lya (refus de la poupée) et Chirine (qui devient une « poupée »).
  • La place de la femme dans la cité et dans la société : Le film explore comment la pression familiale et sociale (le père qui rejette Chirine "quand elle est devenue Femme") pousse les jeunes femmes vers des choix de survie ou d'émancipation qui peuvent s'avérer destructeurs.
  • La violence du patriarcat : Représenté par le père, mais aussi par les « faux mecs » qui consomment les corps.

Impact émotionnel ou culturel

L'impact de cette réplique réside dans sa brutalité émotionnelle et sa lucidité féroce. Elle utilise un langage cru pour dépeindre une réalité sociale souvent tue, suscitant chez le spectateur ou le lecteur un sentiment de malaise, de colère et de reconnaissance. Culturellement, elle s'inscrit dans un courant d'œuvres (souvent issues de la banlieue) qui donnent la parole à une jeunesse marginalisée et confrontée à la dureté des rapports sociaux, en particulier les inégalités de genre et l'instrumentalisation des corps féminins dans la quête de reconnaissance et de richesse.

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