On vit... comme des cons. On mange, on dort, on baise, on sort. Encore et encore. Et encore... chaque jour est l'inconsciente répétition du précédent : on mange autre chose, on dort mieux, ou moins bien, on baise quelqu'un d'autre, on sort ailleurs. Mais c'est pareil, sans but, sans intérêt. On continue, on se fixe des objectifs factices. Pouvoir. Fric. Gosses. On se défonce à les réaliser. Soit on ne les réalise jamais et on est frustré pour l'éternité, soit on y parvient et on se rend compte qu'on s'en fout. Et puis on crève. Et la boucle est bouclée. Quand on se rend compte de ça, on a singulièrement envie de boucler la boucle immédiatement, pour ne pas lutter en vain, pour déjouer la fatalité, pour sortir du piège. Mais on a peur. De l'inconnu. Du pire. Et puis qu'on le veuille ou non, on attend toujours quelque chose. Sinon, on presserait sur la détente, on avalerait la plaquette de médocs, on appuierait sur la lame de rasoir jusqu'à ce que le sang gicle...
La réplique dresse un constat brutal et pessimiste de l'existence humaine. Au sens littéral, elle décrit la vie comme une série d'actions basiques et répétitives – manger, dormir, avoir des relations sexuelles, sortir – qui se succèdent sans véritable variation de fond. L'orateur dénonce une quête de sens illusoire, où les objectifs fixés (pouvoir, argent, enfants) sont qualifiés de "factices". L'atteinte ou l'échec de ces objectifs conduit à la même conclusion : l'indifférence ou la frustration. La vie est un cycle absurde menant inéluctablement à la mort, la "boucle est bouclée". La prise de conscience de cette absurdité génère un désir d'y mettre fin immédiatement, mais ce désir est freiné par la peur de l'inconnu et par une attente, malgré tout, persistante.
Bien que radicale, cette réplique fait écho à des sentiments communs, souvent exprimés dans la vie quotidienne :
L'idée principale à retenir est la nécessité de trouver un sens personnel pour échapper à la répétition et à l'absurdité dénoncées. L'orateur, en dépit de son constat nihiliste, souligne que l'humain "attend toujours quelque chose". C'est dans cette attente, ce mince espoir, ou dans la création volontaire d'une valeur qui dépasse les "objectifs factices", que réside la seule issue possible à ce piège existentiel.
Cette réplique est extraite du roman Hell de l'auteure française Lolita Pille, publié en 2002. Elle est ensuite reprise dans l'adaptation cinématographique du même nom réalisée par Bruno Chiche en 2006.
Dans le roman comme dans le film, cette tirade sert à poser le ton de l'œuvre et à exprimer la vision du monde d'un des personnages principaux. Elle est souvent associée à un moment de confession ou de monologue intérieur, où la narratrice (ou le personnage à qui elle parle) exprime un nihilisme profond lié à une existence de luxe et d'excès, mais dénuée de sens véritable. C'est une introspection brutale sur le malaise de la jeunesse dorée et désabusée.
Le monologue est attribué à un "Personnage inconnu" (parfois appelé l'Homme) dans le film, qui influence fortement l'héroïne, Hell. Ce personnage incarne le cynisme et la lucidité désespérée. Il est celui qui verbalise l'absurdité que l'héroïne ressent et vit. Il représente la voix de la raison froide et dévastatrice qui met à nu les faux-semblants de leur environnement, ce qui fait de lui un catalyseur dans la descente aux enfers de l'héroïne.
Le film Hell explore la vacuité, l'excès, et la décadence d'une certaine jeunesse parisienne fortunée, en quête de sensations fortes pour pallier son ennui. Cette réplique est le manifeste philosophique du film : la vie des personnages est littéralement la répétition de "manger, dormir, baiser, sortir" dans des boîtes de nuit et des fêtes somptueuses. Leur quête autodestructrice est la conséquence directe de la prise de conscience que l'existence est sans but ("sans intérêt") et que les objectifs conventionnels sont des leurres.
L'impact de cette réplique est puissant par sa franchise et sa noirceur. Elle a trouvé un écho particulier chez une génération désillusionnée, en devenant le symbole d'un mal-être existentiel post-moderne. Elle procure un sentiment de catharsis ou de reconnaissance chez ceux qui se sentent pris au piège de la routine ou des attentes sociétales, renforçant sa popularité et son statut de citation culte sur le thème du nihilisme et de la crise de sens.
Les déceptions continuelles, dont on peut prévoir que la série sera longue (peut-être aussi longue que ma vie), le prix élevé que l'on doit inévitablement payer pour la plus petite joie savourée, tout cela doit ruiner la sérénité de toute [...] â–º Lire la suite