Réplique Le temps d'un week end sur Temps, Papa et Mère

M. Trask  : Monsieur Simms...

Charles  : Oui ?

M. Trask  : Vous ne portez pas de lentilles vous ?

Charles  : Non monsieur...

M. Trask  : Vous dont la vision n'est pas défaillante, qui avez-vous vu ?

Charles  : Eh bien... j'ai vu quelque chose monsieur mais, je... je ne pourrais pas vous dire c'que c'était.

M. Trask  : Très bien. Quelle est cette « chose » que vous avez vu ?

Charles  : Je ne saurais vous dire.

M. Trask  : Vous ne sauriez ou ne voudriez le dire ?

Charles  : Non je... Non j'pourrais pas.

M. Trask  : Pourrais, voudrais, devrais... M. Simms, vous venez à bout de ma patience, vous vous moquez des membres de ce jury ! Je vous donne une dernière chance ; les conséquences de votre réponse peuvent être des plus néfastes. Par néfaste, je veux dire que votre avenir sera irrémédiablement compromis. Alors pour la dernière fois : qu'avez-vous vu, mardi dernier dans la soirée en sortant de la bibliothèque ?

Charles  : J'ai vu trois personnes.

M. Trask  : Ah ! Trois personnes... On avance ! Avez-vous vu à qui ils ressemblait.

Charles  : Oui.

M. Trask  : Et à qui ressemblaient-ils, M. Simms ?!

Charles  : Eh bien je crois qu'ils ressemblaient... À n'importe quel élève de l'école.

M. Trask  : Nous sommes donc privés de tout témoignage. La déposition de M. Willis n'est pas seulement vague, elle n'a aucune substance. Cette substance que nous recherchons M. Simms, je croyais la trouver en vous !

Charles  : J'suis désolé...

M. Trask  : Et moi encore plus, M. Simms... Vous vous doutez de ce que vous m'obligez à faire : dans la mesure où je ne peux punir M. Havemeyer, M. Potter et M. Jameson - et je ne punirai pas M. Willis ! Il est le seul protagoniste de cet incident qui puisse encore s' enorgueillir du titre de Compagnon de Baird - je m'en vais recommander au Conseil de Discipline... de vous expulser. Vous êtes un virtuose du trompe-l'oeil et vous êtes un menteur !

Colonel Slade  : Mais pas un indic !

M. Trask  : Excusez-moi ?

Colonel Slade  : Non je ne vous excuse pas !

M. Trask  : M. Slade...

Colonel Slade  : Tout ceci est un ramassis de conneries !

M. Trask  : M. Slade je vous demanderais de surveiller votre langage ! Vous êtes à Baird : une grande école, pas une caserne ! M. Simms, je vais vous offrir une ultime possibilité de vous justifier...

Colonel Slade  : M. Simms vous remercie du cadeau. M. Simms n'en a rien à branler d'être estampillé ou non Compagnon de Baird ! C'est quoi cette secte ?! Qu'est-ce que c'est que votre devise ?! « Messieurs, il faut balancer vos camarades et assurer vos arrières, faute de quoi nous vous clouerons au pilori ! ». Mais quoi, comme on dit, quand les choses tournent au vinaigre y'en a qui baissent leur froc et d'autres qui montent la garde ! Hein ?! Ici : Charles, qui brave la tourmente, et là : George qui se cache dans le jupes de papa ! Et vous, qu'est-ce que vous faites ? Vous récompensez George et vous sacrifiez Charles !

M. Trask  : Avez-vous fini M. Salde ?

Colonel Slade  : Non ! Non, je commence à peine à m'échauffer ! Je ne sais pas qui est sorti de cette école : William Howard Trask, William James Bryan, Guillaume Tell, qui vous voulez... Leur esprit s'est éteint ! S'ils en ont jamais eu un ! Éteint ! Vous bâtissez le radeau de la Méduse. Un vaisseau pour cafards aquatiques ! Et si vous croyez préparer ces marins d'eau douce-là à être des hommes, vous vous mettez le doigt dans l'oeil, parce que j'affirme que vous tuez l'esprit même que cette institution prétend faire naître ! Tout ça, c'est le pipeau ! Qu'est-ce que c'est que cette comédie que vous mettez en scène ?! Le seul qui a de la classe dans cette farce est assis à côté de moi, et je suis venu vous le dire : l'âme de ce garçon est intacte ! Elle n'est pas négociable, là-dessus aucun doute ! Une des personnes présentes - et je ne dirai pas qui - a voulu l'acheter ! Mais l'âme de Charlie n'était pas à vendre !

M. Trask  : Vous allez trop loin, M. Slade !

Colonel Slade  : Trop loin ?! Je vous ferais voir moi jusqu'où on peut aller !! Aller trop loin, vous ne savez pas ce que c'est M. Trask ! Je vous le ferais voir, mais je suis trop vieux, trop fatigué, et bien sûr aveugle ! Si seulement j'étais le même homme qu'il y a cinq ans, c'est au lance-flammes que j'attaquerais Baird !! Trop loin ? Mais à qui croyez-vous vous adresser, hein ? Oh ! J'en ai vu des choses, vous savez ! Il fut un temps où je n'étais pas aveugle... Un temps où j'ai vu des gamins comme ceux-là - et plus jeunes que ceux-là - les jambes arrachées, les bras déchiquetés par les bombes ! Mais il n'y a rien de pire que le spectacle de l'amputation d'un esprit ! Il n'existe... aucune prothèse pour ça ! Vous croyez simplement renvoyer ce splendide fantassin dans ses foyers au bout de l'Oregon, la queue entre les jambes pour tout salaire ?! Moi je vous dit que vous êtes en train d'exécuter son âme !! Et pourquoi ? Parce qu'il n'est pas Compagnon de Baird ?! « Compagnons de Baird » ! Ah ! Faites-lui du mal, et on vous appellera les « Compagnons de Merde » tous autant que vous êtes ! Et Harry ! Jimmy ! Trent ! Où que vous soyez : allez vous faire foutre !

M. Trask  : Veuillez vous asseoir M. Slade !

Colonel Slade  : Non ! Je n'ai pas fini ! Quand je suis arrivé ici, j'ai entendu ces mots : « Berceau des dirigeants de ce pays »... Quand la proue du bateau se brise, le berceau va par le fond et il coule corps et biens ! Vous qui formez les chefs, qui façonnez nos dirigeants, faites bien attention au genre de dirigeants que vous nous préparez ! Je ne sais pas si le silence de Charlie est justifié ou non : je ne suis ni juge ni jury. Mais il y a une chose que je sais : ce n'est pas quelqu'un qui vendrait père et mère pour se payer un avenir ! Et ça, mes amis, ça s'appelle l'intégrité ! Ça s'appelle le courage ! Voilà de quelle étoffe nos dirigeants devraient être faits !

Se retrouver à la croisée des chemins, ça m'est déjà arrivé. À chaque fois, je savais quel était le bon chemin... Sans aucune exception, je le savais ! Mais je ne l'ai jamais suivi. Et vous savez pourquoi ? Il m'aurait fallu ce que l'on appelle le courage ! Et maintenant, regardez Charlie... Il est à la croisée des chemins. Il a choisi sa voie... C'est la bonne voie... C'est une voie fondée sur les principes qui forgent un caractère !

Laissez-le poursuivre sa route. Vous tenez dans vos mains l'avenir de ce garçon, mesdames et messieurs. Et c'est un avenir plein de promesses ! Vous pouvez me croire. Vous ne devez pas le détruire. Protégez-le. Prenez-en soin. Et vous pourrez être fiers de lui un jour, je vous le promets.

Explications

Sens littéral de la réplique

La réplique est un échange tendu et dramatique lors d'une commission disciplinaire dans une prestigieuse école (Baird). Elle oppose :

  • M. Trask, le directeur de l'école (ou un membre du jury), qui tente de forcer l'étudiant Charles Simms à dénoncer ses camarades ayant commis une farce.
  • Charles, qui refuse obstinément de trahir ses amis malgré les menaces d'expulsion et les pressions psychologiques.
  • Le Colonel Frank Slade, vétéran aveugle, parrain (ou accompagnateur) de Charles durant le week-end, qui interrompt brutalement l'interrogatoire pour prendre la défense de l'étudiant. Son discours est une plaidoirie passionnée en faveur de l'intégrité et contre l'hypocrisie de l'institution.

La scène se conclut par l'accusation de M. Trask et sa recommandation d'expulser Charles, interrompue par la tirade vengeresse du Colonel Slade.

Sens symbolique ou profond

  • Le Colonel Slade, avec sa cécité physique, devient le seul à "voir" vraiment la vérité et l'intégrité morale de Charles, contrastant avec M. Trask et le jury qui, bien que voyants, sont "aveugles" à la notion de loyauté et de courage.
  • La scène oppose deux mondes : le monde cynique et hypocrite de l'institution (M. Trask) qui prône la délation pour maintenir l'ordre et l'apparence, et le monde de la pureté morale et du code d'honneur (Colonel Slade et Charles).
  • Le discours de Slade est une attaque virulente contre la notion de "leaders" formés par l'école, les accusant de sacrifier les principes fondamentaux (courage, intégrité) au profit d'un futur matériel et carriériste.
  • Charles, qui n'est "pas un indic", incarne le courage de l'individu qui se dresse seul contre un système.

Interprétations possibles

  • Critique de l'Établissement : Le discours est une charge contre les institutions élitistes américaines, qui, en voulant former l'élite du pays, la corrompent en valorisant la compromission et la lâcheté (George) plutôt que l'honneur et la loyauté (Charles).
  • Rédemption et Mentorat : La défense de Charles par Slade est un acte de rédemption pour le Colonel lui-même, un homme brisé et suicidaire. En se battant pour l'honneur du jeune homme, il retrouve une raison de vivre et de se battre pour ce qui est juste.
  • Le Vrai Courage : Le courage n'est pas de faire la guerre (Slade, le militaire), mais de rester fidèle à ses principes face à une adversité écrasante (Charles, l'étudiant sans pouvoir). Slade reconnaît chez Charles le courage qui lui a manqué dans sa propre vie ("Il m'aurait fallu ce que l'on appelle le courage !").

Usage ou référence dans la vie quotidienne

  • L'expression "l'âme de ce garçon est intacte ! Elle n'est pas négociable" est souvent citée pour louer l'intégrité inébranlable de quelqu'un.
  • La réplique est un exemple éloquent de la plaidoirie émotionnelle et passionnée, et est couramment utilisée comme référence pour dénoncer l'injustice, la lâcheté institutionnelle ou la "culture de la délation".
  • Le passage sur "la croisée des chemins" et le manque de courage personnel de Slade est une méditation poignante sur les choix de vie et les regrets, trouvant un écho universel.

Morale ou idée à retenir

  • L'intégrité et le courage sont les qualités les plus précieuses, et elles ne doivent jamais être sacrifiées pour l'ambition, le confort, ou pour échapper à une punition.
  • Une institution ou une société qui récompense la délation et la compromission au détriment de l'honneur est une institution qui "tue l'esprit" et mène à la formation de leaders corrompus.
  • Le véritable leadership est fondé sur le caractère, la loyauté et la capacité à défendre ses principes, même seul.

Origine de la réplique

  • Cette réplique est extraite du film américain Scent of a Woman, sorti en France sous le titre Le Temps d'un Week-end, réalisé par Martin Brest en 1992.
  • Elle est prononcée par le personnage du Colonel Frank Slade, interprété magistralement par Al Pacino.
  • C'est pour ce rôle qu'Al Pacino a remporté l'Oscar du Meilleur Acteur, soulignant l'impact phénoménal de ce discours.
  • Le film est un remake du film italien Profumo di donna (1974) de Dino Risi.

Contexte de la scène

  • Charles Simms est un étudiant boursier dans la prestigieuse école préparatoire de Baird. Pour payer son billet d'avion pour Noël, il a accepté d'être l'aide-soignant du Colonel Slade pendant un week-end de Thanksgiving.
  • Pendant ce temps, trois de ses camarades (Havemeyer, Potter et Jameson) ont organisé une blague humiliante contre M. Trask. Charles, par chance, est le seul témoin voyant de la farce (l'autre témoin, George Willis, a une mauvaise vue et est le fils d'un donateur important).
  • M. Trask veut absolument démasquer les coupables et menace Charles d'expulsion s'il ne les dénonce pas. Charles, par loyauté et principe, refuse.
  • L'audition est organisée devant toute l'école, faisant de Charles un exemple. Après avoir pressé Charles sans succès, M. Trask, récompensant George pour sa "collaboration" (même si elle est vague) et blâmant Charles pour son silence, s'apprête à prononcer l'expulsion. C'est à ce moment que le Colonel Slade intervient.

Lien avec le personnage

  • Colonel Frank Slade : Ce discours est l'apothéose du personnage. Homme brisé par un accident qui l'a rendu aveugle et alcoolique, Slade est plein de cynisme et d'amertume. En défendant Charles, il réalise le dernier acte d'honneur et de droiture de sa vie, un acte altruiste qui le sauve du suicide qu'il projetait. Il s'identifie à Charles, le voyant faire le "bon chemin" qu'il n'a jamais eu le courage de suivre.
  • Charles Simms : Le jeune homme incarne l'intégrité simple, la décence et la loyauté. Son silence face à la menace prouve son caractère. L'intervention de Slade lui apporte une protection inattendue et la reconnaissance publique de sa valeur morale. Charles n'est pas seulement protégé, il est validé dans son choix par son mentor.

Lien avec le thème du film

  • Le thème central est la quête de l'intégrité et la renaissance.
  • Le week-end à New York a été un voyage initiatique pour Charles et une tentative de suicide pour Slade. Charles a sauvé la vie de Slade en l'empêchant de se suicider ; Slade, à son tour, sauve l'avenir et l'honneur de Charles avec ce discours.
  • Le film explore la différence entre les apparences (l'éclat et le prestige de l'école ou le cynisme de Slade) et la réalité du cÅ“ur humain (la droiture de Charles et la douleur de Slade). L'odorat, que Slade utilise pour "voir" le monde, devient une métaphore de la capacité à percevoir la vérité au-delà des yeux.

Impact émotionnel ou culturel

  • Ce discours est considéré comme l'un des plus grands moments de cinéma du XXe siècle, notamment grâce à la performance enflammée d'Al Pacino, ponctuée de son fameux cri de guerre "Hoo-ah!" (qui, dans la version française, n'est pas le cri de guerre mais l'exclamation du Colonel).
  • Il provoque un sentiment puissant de catharsis et de triomphe moral pour le spectateur, voyant l'hypocrisie et l'injustice institutionnelle être terrassées par la vérité et la passion.
  • La scène est emblématique de l'idée que le courage est de choisir le "bon chemin" même s'il est le plus difficile, faisant de cette plaidoirie un hymne à la morale et à l'honneur.

Autres citations

Mal

Joseph Addison
Artiste, Député, écrivain, Homme d'état, Poète (1672 - 1719)
Antonio Machado
Artiste, écrivain, Poète (1875 - 1939)
Desmond Tutu
Archevêque, Homme politique, Militant, Militant de la non-violence, Militant des droits de l'homme, Militant LGBT, Religieux (1931 - 2021)
Paul Auster
Artiste, Autobiographe, Biographe, Cinéaste, écrivain, Enseignant, épistolier, Poète, Romancier, Scénariste, Traducteur (1947 - 2024)
Georges Clemenceau
Député, Homme d'état, Homme politique, Journaliste, Maire, Médecin, Ministre, Scientifique, Sénateur (1841 - 1929)
Pierre Dac
Acteur, Artiste, Chanteur, Chanteur de variétés, Comique, écrivain, Musicien, Résistant, Romancier (1893 - 1975)
Françoise Dolto
Artiste, Conjointe de célébrité, écrivaine, écrivaine scientifique, Médecin, Parente de célébrité, Pédiatre, Psychanalyste, Scientifique (1908 - 1988)
Averroès
Homme de loi, Mathématicien, Médecin, Philosophe, Scientifique, Théologien (1126 - 1198)
Rosa Parks
Artiste, Couturière, Femme politique (1913 - 2005)
Francis Bacon (philosophe)
Philosophe, Scientifique (1561 - 1626)
Benjamin Disraeli
Artiste, écrivain, Homme politique, Romancier (1804 - 1881)

Chemin


Papa


Silence


Vos répliques de films cultes et séries