Je hais ta façon de me parler,
Et la couleur de tes cheveux.
Je hais ta façon de conduire,
Et de me regarder dans les yeux.
Je hais tes stupides bottes d'armée,
Et ce que tu devines en moi.
Je te hais au point d'en crever,
Et même de te tuer parfois.
Je hais ta façon d'avoir raison,
Tes histoires inventées.
Je te hais quand tu me fais rire,
D'avantage quand tu me fais pleurer.
Je te hais quand tu n'es pas là et que tu es dieu sait où,
Mais je hais surtout de ne pas te haïr,
Ni un seul instant,
Ni une seule minute,
Ni même du tout.
Cette réplique, célèbre pour son enchaînement d'antithèses, exprime une aversion totale et détaillée pour une personne. La narratrice énumère méticuleusement des griefs allant de l'apparence physique ("la couleur de tes cheveux", "stupides bottes d'armée") aux actions ("ta façon de me parler", "de conduire") et à la personnalité ("ta façon d'avoir raison", "ce que tu devines en moi"). L'intensité de cette haine est poussée à l'extrême, au point de souhaiter la mort de l'autre ("Je te hais au point d'en crever, Et même de te tuer parfois."). Cependant, le sens littéral est subverti par la chute : tout cet étalage de haine n'est qu'une façade. La narratrice conclut qu'elle ne parvient pas à haïr cette personne, "Ni un seul instant, Ni une seule minute, Ni même du tout." C'est une déclaration d'amour déguisée et passionnée.
La liste des "haines" symbolise la lutte interne et la confusion des sentiments. La narratrice tente de rationaliser ou de se défendre contre l'intensité de son affection en la transformant en agression. C'est le symbole du mécanisme de défense où l'on rejette violemment ce que l'on désire ou aime le plus, souvent par peur de la vulnérabilité que l'amour implique. La "haine" est une manifestation exagérée de la passion, une incapacité à gérer un sentiment aussi fort et ambivalent. Elle symbolise la difficulté d'accepter une relation où l'autre vous touche profondément, à la fois dans l'agacement et dans l'admiration.
Cette réplique est principalement utilisée comme une déclaration d'amour décalée ou une façon ironique d'exprimer une affection irritée pour quelqu'un. On peut y faire référence pour :
L'idée principale à retenir est que l'amour véritable n'est pas toujours simple ou parfait. Il peut être chaotique, plein de contradictions, et souvent déguisé en irritation ou en agacement. La morale est que les sentiments les plus intenses échappent à la logique. Ce que l'on rejette en apparence est souvent ce qui nous lie le plus profondément à une autre personne. Il faut accepter que les défauts de l'autre fassent partie intégrante de ce que l'on aime chez lui. La conclusion est que la passion est plus forte que la raison.
La réplique est tirée du film américain 10 Things I Hate About You (titre français : 10 Bonnes Raisons De Te Larguer), sorti en 1999. Elle est prononcée par le personnage de Kat Stratford.
La scène se déroule lors d'un atelier de poésie en classe. Kat, une adolescente réputée pour son caractère rebelle et son cynisme, est encouragée à lire un poème. Elle commence par énumérer les raisons pour lesquelles elle "haït" Patrick Verona (le personnage masculin avec qui elle a une relation compliquée). Au fur et à mesure de la lecture, la liste, d'abord sarcastique, devient de plus en plus personnelle et douloureuse. L'émotion submerge Kat, et elle termine la lecture en larmes, révélant la véritable nature de ses sentiments. C'est le moment clé où elle brise sa carapace émotionnelle et admet son amour.
Le personnage de Kat Stratford est une jeune femme intelligente, féministe et farouchement indépendante. Elle se construit une image de dure à cuire pour ne pas souffrir. Cette réplique est centrale à son arc narratif : c'est l'instant où elle abandonne sa posture cynique et permet à sa vulnérabilité d'apparaître. Elle montre la contradiction entre son désir d'indépendance et son besoin d'affection, faisant de la haine son dernier rempart contre l'amour. Le poème est l'outil qui lui permet de s'exprimer de la manière la plus honnête, même si elle doit d'abord passer par le déni de la haine.
Le film est une adaptation libre et modernisée de la pièce de William Shakespeare, La Mégère apprivoisée. Le thème principal est celui de la méfiance envers l'amour et de la domptage des apparences. La réplique incarne parfaitement ce thème : la "mégère" (Kat) est en réalité une femme passionnée et sensible qui est simplement effrayée à l'idée d'aimer. Le film explore comment les relations se construisent au-delà des premières impressions et comment l'authenticité finit par triompher des jeux de rôles.
Cette réplique a un impact émotionnel fort en raison de la rupture finale et l'aveu de vulnérabilité. Elle est considérée comme l'un des moments les plus emblématiques du cinéma pour adolescents de la fin des années 90 et du début des années 2000. Elle a marqué la culture populaire car elle :
Elle est devenue une référence pour exprimer l'idée que l'amour ne se trouve pas *malgré* les défauts, mais à cause des défauts.