Or chaque homme, par sa nature même, possède innée en lui la lumière de la raison qui dirige ses actes vers sa fin. Et s'il convenait à l'homme de vivre solitaire, comme il en va pour beaucoup d'animaux, cette lumière lui suffirait pour l'orienter vers sa fin ; chacun serait à soi-même son roi, sous le règne suprême de Dieu, en tant que, par le don divin de la raison, il se dirigerait soi-même dans ses actes. Mais la nature de l'homme veut qu'il soit un animal social et politique, vivant en collectivité.
Cette citation de Saint Thomas d'Aquin affirme que tout être humain possède naturellement la lumière de la raison, une faculté innée qui doit guider ses actions vers son but, ou sa "fin". Si l'homme pouvait vivre seul, comme certains animaux, cette raison lui suffirait à se diriger. Cependant, l'homme est par nature un animal social et politique, destiné à vivre en communauté. C'est cette nature sociale qui implique une organisation et une direction collective, allant au-delà de la seule autogouvernance par la raison individuelle.
La leçon principale à retenir est la double nature de l'homme : à la fois autonome par sa raison et fondamentalement dépendant de la vie en communauté. Notre raison nous donne la capacité de nous diriger, mais notre nature sociale rend nécessaire une organisation politique pour atteindre le bien de tous. L'individu doit donc s'autodiriger dans un cadre social et politique ordonné.
Cette pensée est profondément liée à la philosophie d'Aristote, qui affirmait que l'homme est un zoon politikon (un animal politique). Thomas d'Aquin intègre et christianise cette idée en ajoutant le concept de la raison comme "don divin" et en plaçant Dieu comme le "règne suprême". Elle établit également une base pour la théorie politique médiévale, justifiant l'existence du pouvoir temporel (le roi) comme une nécessité naturelle découlant de la nature humaine, distincte de la seule autorité spirituelle.
Cette citation est extraite de l'œuvre de Thomas d'Aquin, De Regno (également connu sous le titre De regimine principum, ou Du gouvernement des princes). C'est un traité inachevé sur les principes du gouvernement temporel.
L'auteur est Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), un théologien et philosophe italien majeur du Moyen Âge. Il est l'une des figures centrales de la pensée scolastique et a tenté une synthèse monumentale entre la théologie chrétienne et la philosophie d'Aristote.
La citation se situe dans le contexte intellectuel du XIIIe siècle, une période de redécouverte majeure des œuvres d'Aristote en Occident. Thomas d'Aquin s'efforce d'intégrer les idées aristotéliciennes sur la politique et la nature humaine dans une perspective chrétienne. Culturellement, la pensée de cette époque est dominée par la Scolastique, qui cherche à concilier la foi et la raison. La citation s'inscrit dans un débat sur la légitimité du pouvoir temporel et sur la meilleure forme de gouvernement pour guider la société humaine.