Les hommes politiques, j'vais vous faire un aveu, ne sont pas bêtes. Vous vous rendez compte de la gravité ? Ils sont intelligents. Ça veut dire que tout ce qu'ils font, ils le font exprès. Ils y réfléchissent, ils y pensent. Parce que, vous comprenez, si c'était des cons, ça irait tout seul. On dirait : « Bon, beh, c'est des cons. » Nan, nan, nan, nan. Les présidents et les dirigeants des pays qui ont laissé crever l'Afrique, l'Amérique du Sud et bientôt les Indes, c'est des gens qui le font exprès.
Artiste, Comique (1944 - 1986)
Sens de la citation
Cette citation de Coluche exprime une idée provocatrice et désabusée sur la nature des dirigeants politiques. Son sens principal est que les hommes et femmes politiques qui sont responsables de situations désastreuses, notamment la misère dans certaines régions du monde (Afrique, Amérique du Sud, Inde), n'agissent pas par ignorance, bêtise ou incompétence. Au contraire, ils agissent de manière délibérée et intentionnelle. L'humoriste soutient que leur intelligence rend leurs actions, qui ont des conséquences négatives importantes, d'autant plus graves, car elles sont le fruit d'une réflexion cynique et non d'une simple erreur.
Interprétations possibles
- Le cynisme politique : On peut y voir une dénonciation du cynisme des élites qui privilégient leurs propres intérêts ou ceux de groupes restreints au détriment du bien-être général, agissant en toute connaissance de cause.
- La responsabilité accrue : L'intelligence des dirigeants est perçue comme un facteur aggravant. S'ils étaient "bêtes" (incompétents), l'excuse serait facile; leur intelligence implique une pleine conscience de l'impact de leurs décisions.
- La critique du système : Cette pensée peut être interprétée comme une critique acerbe non seulement des individus au pouvoir, mais aussi d'un système politique et économique qui permet et encourage de telles décisions intentionnelles.
Application dans la vie quotidienne
Bien que visant les politiques, cette réflexion peut s'appliquer à des situations plus courantes :
- Au travail : Face à une décision managériale qui semble inefficace ou injuste, l'internaute est invité à se demander si elle relève de l'incompétence ou si elle est une stratégie réfléchie au service d'objectifs cachés ou peu avouables.
- Dans les relations : Lorsqu'une personne agit de manière préjudiciable, il faut s'interroger sur la nature de son acte : est-ce une maladresse (la "bêtise") ou une action délibérée (l'"intelligence")? La citation encourage à ne pas excuser trop facilement le comportement par la seule incompétence.
- Éveiller l'esprit critique : Elle incite chacun à ne pas accepter passivement les explications d'erreurs et à chercher les intentions réelles derrière les actions qui engendrent des conséquences négatives.
Critiques ou limites
- Généralisation excessive : La citation fait une généralisation en englobant tous les hommes politiques. La réalité est probablement plus nuancée, avec des dirigeants sincèrement incompétents et d'autres réellement mus par de bonnes intentions.
- Le paradoxe de l'intention : Affirmer que tout est fait "exprès" risque d'occulter la complexité de la politique, où les conséquences non intentionnelles de décisions complexes sont fréquentes. De bonnes intentions peuvent mener à des résultats désastreux.
- Le rôle de l'humour : Il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'une figure de style humoristique et de provocation. Le but de Coluche est de choquer pour faire réfléchir, pas nécessairement de fournir une analyse politique exhaustive.
Morale ou résumé à retenir
La leçon principale à retenir est qu'il faut se méfier de l'excuse de la bêtise ou de l'incompétence pour expliquer les échecs et les injustices à grande échelle. La citation nous encourage à envisager la possibilité d'une volonté délibérée, réfléchie et potentiellement cynique derrière les actions des puissants. En somme : « Ne croyez pas qu'ils ne savaient pas ; il est plus probable qu'ils savaient et qu'ils ont choisi d'agir ainsi. »
Analyse du vocabulaire et du style
- Langage direct et familier : L'utilisation de mots comme « bêtes », « cons », « crever », et l'emploi du langage oral (« j'vais vous faire un aveu », « beh ») ancre la citation dans un style populaire et percutant, typique de Coluche, qui cherche à s'adresser au peuple sans filtre.
- Rupture de ton : L'affirmation « ne sont pas bêtes », suivie de « Vous vous rendez compte de la gravité ? » crée un effet de surprise et une rupture avec l'idée reçue. L'intelligence est paradoxalement présentée comme une lourde menace.
- Répétition : La répétition de l'idée que les actes sont faits « exprès », avec « ils y réfléchissent, ils y pensent », martèle la thèse de l'intentionnalité.
- L'antithèse : Le contraste entre « si c'était des cons » (simple, excusable) et « ils sont intelligents » (complexe, impardonnable) est le moteur rhétorique de cette pensée.
Lien avec d’autres pensées
- Machiavel et le cynisme : On peut faire le lien avec certaines lectures du Prince de Machiavel, où la politique est une affaire de force et de calcul, où le dirigeant doit être prêt à faire le mal s'il sert son pouvoir ou sa cause, en toute rationalité.
- La théorie de la bêtise de Carlo M. Cipolla : Bien qu'à l'opposé, la citation de Coluche fait penser à l'essai de Cipolla sur les lois fondamentales de la bêtise humaine, qui postule que les personnes stupides causent des pertes aux autres sans en tirer elles-mêmes d'avantages. Coluche suggère l'inverse : les politiques causent des pertes pour en tirer un avantage (l'intelligence cynique).
- La critique des élites : Cette citation s'inscrit dans un courant de pensée anti-élitiste et poujadiste (un mouvement de protestation des classes moyennes et populaires), remettant en cause la bonne foi et l'honnêteté de ceux qui détiennent le pouvoir.
Origine de la citation
Cette citation est attribuée à l'humoriste français Coluche (Michel Colucci). Elle provient probablement d'un de ses sketchs, d'une interview ou d'un de ses célèbres "coups de gueule" à la radio ou à la télévision. Elle reflète son engagement social et sa critique virulente du monde politique, souvent formulée avec une franchise brute et un sens aigu de la formule choc. Elle est emblématique de son style d'humour caustique et engagé. Pour l'origine exacte, une recherche sur ses archives audio ou vidéo serait nécessaire.
Auteur de la citation
L'auteur est Coluche (de son vrai nom Michel Colucci, 1944–1986). Humoriste, acteur et comédien français, il est célèbre pour son humour irrévérencieux et sa critique sociale. Il a marqué l'histoire française, notamment par sa candidature satirique à l'élection présidentielle de 1981 et, plus tard, par la création des Restos du Cœur, une organisation d'aide alimentaire pour les plus démunis. Son engagement et son franc-parler sont indissociables de son personnage public.
Contexte historique ou culturel
Cette citation s'inscrit dans le contexte de la France des années 1970 et 1980. C'est une période de désenchantement croissant vis-à -vis de la classe politique, perçue comme éloignée des préoccupations du peuple. Coluche, en tant que porte-voix des "petites gens", capitalise sur cette défiance. Culturellement, son style est hérité de la tradition du cabaret et du café-théâtre satirique. L'évocation de la misère de l'Afrique et de l'Amérique du Sud renvoie à une époque où les problématiques de tiers-monde et de faim dans le monde étaient très présentes dans le débat public, souvent vues à travers le prisme des conséquences de la colonisation ou du néo-libéralisme, que Coluche dénonce ici avec virulence.