Réplique L'associé du diable sur Dieu, Homme et Autre

La culpabilité, c'est un énorme sac plein de briques, tout ce que tu as à faire, c'est le poser. Pour qui tu le portes ton sac de briques ? Dis-moi Kevin. Dieu ? C'est ça ? Dieu ? Tu sais quoi ? J'vais te dévoiler une petite info exclusive au sujet de Dieu : Dieu aime regarder. C'est un farceur. Réfléchis : il accorde à l'homme les instincts, il vous fait ce cadeau extraordinaire et ensuite, qu'est-ce qu'il s'empresse de faire ? Et ça j'peux te l'jurer, pour son propre divertissement, sa propre distraction cosmique, personnelle, il établit des règles en oppositions. C'est d'un mauvais goût épouvantable... Regarde, mais surtout ne touche pas. Touche, mais surtout ne goûte pas ! Goûte, n'avale surtout pas ! Ha ha ha ! Et pendant que vous êtes tous là à sautiller d'un pied sur l'autre, lui qu'est-ce qu'il fait ? Il se fend la pêche à s'en cogner son vieux cul de cinglé au plafond. C'est un refoulé ! C'est un sadique ! C'est un proprio qu'habite même pas l'immeuble ! Vénérer un truc pareil ? Jamais !

Explications

Sens littéral de la réplique

Dans cet extrait, le personnage de John Milton s'adresse à Kevin Lomax pour le convaincre de se débarrasser de son sentiment de culpabilité, qu'il compare à un «énorme sac plein de briques» qu'il porte inutilement. Milton met en scène une critique virulente de Dieu, qu'il dépeint comme un être sadique, hypocrite et moqueur. Il affirme que Dieu donne aux humains des instincts (la liberté), puis établit des règles contradictoires et intenables juste pour se divertir de les voir échouer («Regarde, mais surtout ne touche pas. Touche, mais surtout ne goûte pas !»). Il conclut en affirmant son refus catégorique de vénérer une telle entité.

Sens symbolique ou profond

  • La culpabilité comme fardeau : Le «sac plein de briques» symbolise le poids mental et émotionnel que les individus s'imposent en adhérant à des concepts moraux et religieux rigides, les empêchant d'agir selon leurs véritables désirs ou instincts.
  • La critique de la religion et de la morale : Milton utilise Dieu comme un symbole des systèmes de contrôle moral qui créent la frustration et l'inhibition. La dichotomie entre l'instinct donné et les règles imposées (le «farceur» qui «établit des règles en oppositions») est une métaphore de l'incohérence perçue entre la nature humaine et les dogmes religieux.
  • L'apologie de la liberté et de l'hédonisme : Le discours est une invitation à rejeter les contraintes et à embrasser une vision du monde où la seule règle est l'expression de soi et la satisfaction des désirs.

Interprétations possibles

  • Vision athée ou agnostique : On peut y voir une expression de la critique philosophique de l'existence d'un Dieu bienveillant face aux souffrances et aux contradictions de la vie humaine.
  • Justification du mal : Pour le Diable (John Milton), c'est une justification théologique de sa propre position et de son rôle. Il dépeint Dieu comme le véritable sadique, se positionnant ainsi comme le libérateur ou le pourfendeur de l'hypocrisie divine.
  • Psychologie de la répression : La réplique peut être interprétée comme une dénonciation des conséquences psychologiques de la répression des désirs naturels et des instincts, souvent sous l'influence de la morale religieuse.

Usage ou référence dans la vie quotidienne

Bien que le dialogue soit très spécifique au cinéma, les thèmes qu'il aborde résonnent dans plusieurs contextes de la vie de tous les jours :

  • Utilisation de l'expression «sac plein de briques» pour désigner un fardeau émotionnel inutile ou une culpabilité persistante.
  • Discussion sur la nature de la moralité, des règles sociales et de la religion.
  • Référence à l'idée que les règles établies (professionnelles, sociales, familiales) peuvent parfois sembler arbitraires ou hypocrites, créant de la frustration.

Morale ou idée à retenir

L'idée principale à retenir du point de vue de Milton est la suivante :

  1. La culpabilité est un choix, un fardeau auto-imposé qui peut être rejeté.
  2. Il faut remettre en question l'autorité morale et religieuse (ici Dieu), surtout quand elle semble contradictoire ou conçue pour générer la frustration.
  3. L'épanouissement passe par l'acceptation et l'expression de ses propres instincts plutôt que par leur répression au nom de règles hypocrites.

Origine de la réplique

La réplique est tirée du film américain L'Associé du Diable (titre original : The Devil's Advocate), sorti en 1997.

Contexte de la scène

C'est le monologue final du film. John Milton (joué par Al Pacino) révèle sa véritable identité : il est Satan, le Diable, et Kevin Lomax (joué par Keanu Reeves) est son fils. Milton tente de persuader Kevin d'accepter son héritage et de commettre un acte irréversible. Ce discours est une tentative de séduction et de manipulation idéologique pour briser la morale de Kevin en discréditant la figure de Dieu et en glorifiant la liberté sans contraintes.

Lien avec le personnage

  • John Milton (le Diable) : Ce discours est la quintessence de sa nature. Il est le tentateur, le rebelle qui rejette l'autorité divine. Son objectif est de semer le doute et de libérer les humains de la morale pour les amener à embrasser le péché, ce qu'il présente comme la véritable liberté. Le personnage est d'ailleurs nommé en référence à John Milton, l'auteur de Le Paradis perdu, un poème épique qui raconte la chute de Satan et de l'Homme.
  • Kevin Lomax : Le discours vise à briser sa résistance morale. Kevin est un avocat ambitieux qui, jusqu'à ce moment, a été rongé par une culpabilité grandissante face à ses choix professionnels et personnels. Milton veut qu'il rejette cette culpabilité pour devenir son digne successeur.

Lien avec le thème du film

La réplique est au cœur des thèmes centraux du film :

  • La tentation et la corruption : Le film explore comment l'ambition et le désir de succès peuvent conduire à la corruption morale. Milton offre à Kevin la richesse et le pouvoir en échange de son âme, symbolisant le pacte faustien.
  • Le libre arbitre : Le discours de Milton met en lumière l'éternel débat entre le libre arbitre (les «instincts» donnés par Dieu) et la prédestination/les règles. Le film questionne si l'Homme est libre de choisir le bien ou s'il est naturellement prédisposé au mal par la tentation.
  • L'hypocrisie et le jugement : Le film dénonce l'hypocrisie de la haute société et du système judiciaire. Milton se présente comme celui qui expose l'hypocrisie ultime : celle de Dieu lui-même.

Impact émotionnel ou culturel

Ce monologue est l'un des plus mémorables du cinéma des années 90, principalement grâce à la performance intense et charismatique d'Al Pacino. Son impact est fort :

  • Force oratoire : Le ton cynique, l'utilisation d'analogies colorées («sac plein de briques», «proprio qu'habite même pas l'immeuble») et la montée en puissance émotionnelle captivent et choquent le spectateur.
  • Résonance philosophique : Il est souvent cité dans les discussions sur la théodicée (la justification de la bonté de Dieu face au mal) et le rôle de la religion dans la répression psychologique.
  • Archétype du mal moderne : Milton n'est pas un diable cornu, mais un cynique éloquent et un manipulateur qui utilise des arguments psychologiques et philosophiques. Il a aidé à définir l'archétype du méchant charismatique dans le cinéma moderne.

Autres citations

Sac
Cul

Voltaire
Artiste, Auteur d'ouvrages philosophiques, Auteur de contes, Dramaturge, écrivain, Philosophe, Poète (1694 - 1778)
Victor Hugo
Artiste, écrivain, Poète, Romancier (1802 - 1885)

Culpabilité


Extraordinaire


Dieu


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