A l'université de Californie, j'avais un collègue qui s'appelait Arthur Ryder. Il se sentait seul et aimait bien promener des petits enfants pour les distraire, leur offrir un glace. Un jour, il emmena une petite fille mes amies ; comme l'enfant paraissait s'ennuyer, il essaya de la faire rire en remuant les oreilles. Elle le regarda, puis demanda : "Oncle Arthur, comment faites-vous ça?" Mon collègue réfléchit profondément et, au bout d'un moment, il dit : "C'est assez difficile à décrire. On éprouve une sorte de sensation de tension générale."
Cela ressemble tellement à l'esprit dans lequel se font toutes les entreprises atomiques, que je voudrais dire quelques mots sur la raison de cette sensation de tension ou, tout au moins, sur quelques-unes des raisons qui peuvent causer cette sensation.
Cette anecdote, racontée par Robert Oppenheimer, illustre avec humour et finesse la difficulté, voire l'impossibilité, de décrire des actions ou des phénomènes complexes et subtils. La tentative d'expliquer comment il bouge ses oreilles se solde par une description vague et subjective : "On éprouve une sorte de sensation de tension générale."
Pour Oppenheimer, cette description fait écho à l'état d'esprit et à la nature des entreprises scientifiques, en particulier les projets complexes et inédits comme le développement atomique. Il établit un parallèle entre la difficulté d'exprimer un mouvement physique simple (bouger les oreilles) et la difficulté de saisir ou de communiquer la complexité et les implications des travaux atomiques, souvent perçus comme enveloppés d'une "sensation de tension générale".
La citation est applicable chaque fois que nous tentons d'expliquer une compétence, un sentiment ou une intuition qui repose davantage sur l'expérience ou l'instinct que sur une méthode étape par étape. On le retrouve dans :
Le principal enseignement est que les entreprises humaines, surtout les plus ambitieuses et inédites, s'accompagnent souvent d'un état d'esprit, d'une ambiance, ou d'une "tension" qu'il est difficile de circonscrire ou d'expliquer avec précision. Il y a un fossé persistant entre l'expérience vécue et sa formalisation ou sa communication.
Cette anecdote et la réflexion qui l'accompagne sont extraites d'un discours ou d'un essai de Robert Oppenheimer, bien souvent cité dans des contextes discutant de la science, de la communication, et des défis du Projet Manhattan.
L'auteur est J. Robert Oppenheimer (1904–1967), un physicien théoricien américain souvent surnommé le «père de la bombe atomique» pour son rôle de directeur du Laboratoire de Los Alamos durant la Seconde Guerre mondiale, où la première arme nucléaire a été conçue et développée (le Projet Manhattan).
La citation est prononcée après la Seconde Guerre mondiale, à une époque où le monde était sous le choc de l'arme atomique. Oppenheimer était devenu une figure publique majeure, mais aussi controversée. Le contexte est celui de la Guerre Froide naissante, où la recherche scientifique, en particulier atomique, était menée sous haute surveillance, dans le secret et avec une pression politique et militaire colossale. La "sensation de tension générale" est donc la marque de cette période où la science et la politique étaient inextricablement liées, et où l'enjeu était la survie de l'humanité.
J'ai été pendant très longtemps musicien de jazz d'abord et chanteur de jazz amateur, tout en faisant mes études. Et puis j'ai décidé un beau jour de faire mon métier de la chanson. Et il fallait que j'allie en même [...] â–º Lire la suite