Citation de Virginie Despentes sur Femme, Temps et Homme

Parce que l'idéal de la femme blanche, séduisante mais pas pute, bien mariée mais pas effacée, travaillant mais sans trop réussir, pour ne pas écraser son homme, mince mais pas névrosée par la nourriture, restant indéfiniment jeune sans se faire défigurer par les chirurgiens de l'esthétique, maman épanouie mais pas accaparée par les couches et les devoirs d'école, bonne maîtresse de maison mais pas boniche traditionnelle, cultivée mais moins qu'un homme, cette femme blanche heureuse qu'on nous brandit tout le temps sous le nez, celle à laquelle on devrait faire l'effort de ressembler, à part qu'elle a l'air de beaucoup s'emmerder pour pas grand-chose, de toute façon je ne l'ai jamais croisée, nulle part. Je crois bien qu'elle n'existe pas.

Virginie Despentes
Artiste, Cinéaste, écrivaine, Parolière, Traductrice (1969 - )

Explications

Sens de la citation

Cette citation de Virginie Despentes est une critique virulente de l'idéal féminin blanc tel qu'il est souvent véhiculé dans la société occidentale. Elle dénonce un modèle de femme qui accumule des qualités contradictoires et irréalistes : elle doit être séduisante sans être vulgaire, accomplie professionnellement sans éclipser son mari, mince sans être obsédée par son poids, mère épanouie sans être absorbée par ses enfants, etc. L'auteure souligne l'injonction permanente à atteindre une perfection illusoire, tout en concluant que cette femme idéale n'existe tout simplement pas.

Interprétations possibles

  • La critique du patriarcat et des doubles standards : La citation met en lumière les attentes paradoxales imposées aux femmes par un système patriarcal, les forçant à naviguer entre des rôles souvent incompatibles (mère et professionnelle, séduisante et chaste).
  • L'impossibilité de l'idéal : Elle peut être interprétée comme une libération. Puisque cet idéal est irréel ("Je crois bien qu'elle n'existe pas"), il n'y a pas lieu de s'épuiser à essayer de l'atteindre.
  • La question de la race : En précisant "femme blanche", Despentes inscrit cette critique dans un contexte socio-culturel spécifique, suggérant que d'autres idéaux, basés sur la race, existent et qu'ils sont également soumis à des pressions spécifiques.
  • L'ennui de la perfection : La remarque "elle a l'air de beaucoup s'emmerder pour pas grand-chose" est une critique de la superficialité et du manque de substance que peut impliquer la poursuite de cette image normée.

Application dans la vie quotidienne

La citation invite chacun, et en particulier les femmes, à :

  • Remettre en question les injonctions : Examiner de manière critique les pressions sociales, médiatiques et familiales concernant l'apparence, la carrière, la maternité et le couple.
  • S'accepter au-delà des normes : Comprendre que la perfection est un mythe et que l'on n'a pas à se sentir coupable de ne pas correspondre à un modèle irréalisable.
  • Déconstruire les stéréotypes : Utiliser cette conscience pour ne pas perpétuer ces doubles standards auprès de son entourage ou de ses enfants.

Critiques ou limites

  • Généralisation : Certains pourraient reprocher à Despentes de généraliser un idéal qui, bien que largement diffusé, ne correspond pas à la diversité de toutes les attentes sociales.
  • Pessimisme : L'approche peut être perçue comme un peu sombre, se concentrant uniquement sur la pression sans mentionner d'éventuels progrès dans la libération des mÅ“urs.
  • Focus sur la "femme blanche" : Le choix de ce qualificatif, bien que pertinent pour la déconstruction des normes dominantes, pourrait minimiser les pressions spécifiques vécues par les femmes d'autres origines.

Morale ou résumé à retenir

Le message essentiel à retenir est que l'idéal féminin dominant est une construction sociale irréaliste et toxique. Il est impossible de satisfaire toutes les exigences contradictoires de la société, et le vrai bonheur ne réside pas dans l'effort constant de se conformer à une image parfaite qui, de toute façon, n'existe pas.

Analyse du vocabulaire et du style

  • Style : Le style de Despentes est ici direct, incisif et familier. L'emploi de termes crus ("pute", "s'emmerder") renforce l'aspect provocateur et non-conformiste de son propos.
  • Procédé stylistique : L'auteure utilise une énumération de paires d'oppositions ("séduisante mais pas pute", "travaillant mais sans trop réussir", etc.). Cette accumulation met en évidence la nature absurde et impossible des attentes.
  • Ton : Le ton est sarcastique et désabusé, culminant par la constatation finale et définitive de l'inexistence de cet archétype.

Lien avec d’autres pensées

Cette réflexion s'inscrit dans le prolongement de plusieurs courants féministes et philosophiques :

  • Le Deuxième Sexe (Simone de Beauvoir) : L'idée que la femme est une "construction" sociale ("On ne naît pas femme, on le devient") est un écho lointain de cette citation.
  • Le féminisme de la troisième vague et post-moderne : L'analyse des stéréotypes médiatiques et des injonctions de beauté et de succès est une thématique centrale de ces courants, souvent appelée la "tyrannie de la beauté".
  • La charge mentale : La pression d'être une "bonne maîtresse de maison" et une "maman épanouie" renvoie au concept de la charge mentale qui pèse disproportionnellement sur les femmes.

Origine de la citation

Cette citation est extraite du livre King Kong Théorie.

  1. Titre de l'œuvre : King Kong Théorie
  2. Année de publication : 2006

Auteur de la citation

L'auteure de cette citation est Virginie Despentes.

  • Nationalité : Française
  • Occupation : Écrivaine, réalisatrice et ancienne rockeuse.
  • Thèmes majeurs : Ses Å“uvres abordent souvent des thèmes comme la sexualité, le féminisme, la critique sociale, la violence et la non-conformité aux normes. Elle est une figure marquante de la littérature contemporaine française et du féminisme.

Contexte historique ou culturel

La citation a été publiée en 2006, mais elle résonne avec un contexte plus large :

  • Ère de l'image et des médias : La citation critique l'idéal véhiculé par la publicité, les magazines et le cinéma, qui, au début des années 2000, continuait de prôner un modèle de réussite féminine très formaté.
  • Féminisme post-années 2000 : L'Å“uvre s'inscrit dans un moment où le féminisme est en pleine redéfinition, se penchant davantage sur les questions de genre, de sexualité et de normes sociales. Le livre est souvent considéré comme un texte fondateur du néo-féminisme français, offrant une perspective crue et personnelle.
  • Pression de la "superwoman" : Culturellement, cette période est marquée par l'idéal de la "superwoman" qui jongle avec succès entre sa carrière, sa famille et sa vie sociale, un idéal dont Despentes dénonce ici la vacuité.

Autres citations

Nez

Grégoire Lacroix
Artiste, écrivain, Journaliste, Poète (1933 - )
Milan Kundera
Artiste, Dramaturge, écrivain, Enseignant, Essayiste, Nouvelliste, Romancier, Traducteur (1929 - 2023)
Philippe Sollers
Artiste, Catholique, Chrétien, Croyant, écrivain, épistolier, Romancier (1936 - 2023)
Alfred Capus
Artiste, Dramaturge, écrivain, Journaliste, Romancier (1857 - 1922)
Kanye West
Artiste, Chanteur, Homme d'affaire, Producteur, Rappeur
Paul Claudel
Artiste, Dramaturge, écrivain, Poète (1868 - 1955)
Jacques Sternberg
Animateur, Artiste, Chroniqueur, écrivain, Journaliste, Romancier, Scénariste (1923 - 2006)
Miguel de Cervantes
Artiste, écrivain, Poète, Romancier (1547 - 1616)

Femme


École


Temps


Vos citations préférées de célébrités