Adorez Allah et ne Lui donnez aucun associé. Agissez avec bonté envers (vos) père et mère, les proches, les orphelins, les pauvres, le proche voisin, le voisin lointain, le collègue et le voyageur, et les esclaves en votre possession, car Allah n'aime pas, en vérité, le présomptueux, l'arrogant, ceux qui sont avares et ordonnent l'avarice aux autres, et cachent ce qu'Allah leur a donné de par Sa grâce. Nous avons préparé un châtiment avilissant pour les mécréants.
Origine de la citation
Cette citation est un verset du Saint Coran, le livre sacré de l'Islam. Plus précisément, il s'agit du verset 36 de la sourate 4, intitulée An-Nisâ' (Les Femmes).
Auteur de la citation
Dans la foi musulmane, l'auteur du Coran est Allah (Dieu), dont les paroles ont été révélées au prophète Muhammad (Mahomet) par l'intermédiaire de l'ange Gabriel (Jibril).
Contexte historique ou culturel
La sourate An-Nisâ' est considérée comme une sourate médinoise, c'est-à -dire révélée après l'Hégire (l'émigration) du Prophète Muhammad de La Mecque à Médine. Cette période est marquée par l'établissement de la première communauté musulmane, nécessitant des législations, des règles sociales, et des directives éthiques pour organiser la vie en société. Le verset 36 se situe dans un contexte d'instructions détaillées sur les droits, les devoirs, les héritages et les comportements à adopter, notamment envers les plus vulnérables et les différentes catégories de l'entourage.
Sens de la citation
Ce verset établit un double fondement pour le croyant : l'unicité de Dieu (le monothéisme absolu) et la bienfaisance envers l'entourage. Le premier commandement est l'adoration exclusive d'Allah sans Lui donner d'associé (le Tawhîd), considéré comme la base de l'Islam. Le second détaille les devoirs sociaux, en insistant sur l'importance du bon comportement et de la générosité envers une longue liste de bénéficiaires, allant des parents aux esclaves, en passant par les voisins, les pauvres et les voyageurs. Le verset se conclut par une mise en garde contre l'orgueil, l'arrogance et l'avarice, qualités que Dieu n'aime pas et qui sont associées à une punition.
Interprétations possibles
- Priorité spirituelle et sociale : L'enchaînement des ordres – adoration exclusive puis bienfaisance envers les parents – est souvent interprété par les exégètes comme un signe de la priorité absolue donnée par Dieu à ces deux devoirs. Le droit de Dieu est suivi immédiatement par le droit des parents, puis celui des autres membres de la communauté.
- L'étendue de la bonté : La liste des bénéficiaires de la bienfaisance est remarquablement large :
- Le proche voisin et le voisin lointain montrent l'universalité de la responsabilité sociale.
- Le collègue (ou compagnon de route) élargit le champ d'action au-delà du foyer et du voisinage immédiat.
- La critique des défauts : La mention des caractéristiques des individus que Dieu "n'aime pas" (présomptueux, arrogant, avare) sert de contrepoint aux vertus prônées. Elle souligne que l'adoration et la bienfaisance doivent être sincères et non entachées d'ostentation ou de mesquinerie.
Analyse du vocabulaire et du style
- Style impératif et injonctif : Le verset commence par des ordres clairs : "Adorez", "ne Lui donnez aucun associé", "Agissez avec bonté". C'est un style direct, caractéristique des commandements divins.
- Accumulation et gradation : La liste des bénéficiaires ("père et mère, les proches, les orphelins, les pauvres...") utilise l'accumulation pour souligner l'omniprésence de l'obligation de bienfaisance dans la vie du croyant. Il y a une certaine gradation allant du cercle familial proche aux relations plus lointaines et aux plus démunis.
- Contraste : Le verset utilise un contraste marqué entre les actions ordonnées (adoration, bonté) et les comportements blâmés (présomption, arrogance, avarice). Ce contraste renforce le message éthique.
- Vocabulaire clé :
- Ihsân (traduit par "bonté" ou "bienfaisance") est un terme central en Islam désignant le fait d'agir avec perfection, comme si l'on voyait Dieu, ou au moins en sachant qu'Il nous voit. Il dépasse la simple charité pour devenir une qualité morale profonde.
- Shirk (traduit par "donner aucun associé") désigne l'association, le péché impardonnable de donner un égal ou un associé à Dieu.
Application dans la vie quotidienne
Ce verset est un guide éthique quotidien pour le musulman :
- Relation à Dieu : Maintenir le Tawhîd en évitant toute forme d'idolâtrie ou de superstition qui pourrait diminuer l'unicité divine. L'adoration doit être exclusive et sincère.
- Relations familiales : Accorder une importance capitale au respect et à la bienfaisance envers les parents (même s'ils ne sont pas musulmans, sauf s'ils ordonnent l'association à Dieu).
- Responsabilité sociale : Prendre soin des vulnérables (orphelins, pauvres) et entretenir de bonnes relations avec l'ensemble de l'entourage, qu'il soit proche ou éloigné (voisins, collègues, voyageurs). Cela se manifeste par l'aide matérielle, le bon conseil, la courtoisie et la non-nuisance.
- Développement personnel : Lutter contre les vices moraux comme l'orgueil et l'avarice, en cultivant l'humilité et la générosité (sadaqa).
Lien avec d'autres pensées
- Judaïsme et Christianisme (Monothéismes Abrahâmiques) : Le commandement fondamental d'adorer un Dieu unique et l'importance du respect des parents et de la charité trouvent un écho dans les Dix Commandements et les enseignements des autres religions abrahamiques. L'accent mis sur la charité et la justice sociale est un point commun majeur.
- Éthique universelle : Le verset rejoint une éthique universelle de la solidarité et du bon voisinage. L'idée de bien traiter les autres, indépendamment de leur statut ou de leur proximité, est une valeur fondamentale partagée par de nombreuses philosophies et cultures.
- Philosophie morale : On peut y voir une anticipation d'une éthique des vertus, où le salut est lié non seulement à la foi, mais aussi au développement d'un caractère noble et à l'accomplissement d'actes de bienfaisance.
Critiques ou limites
Le verset est largement considéré comme l'un des plus complets sur les devoirs sociaux en Islam. Les "limites" sont plutôt des questions d'interprétation et d'application à certaines époques :
- Interprétation moderne : L'application du terme "esclaves en votre possession" (mâ malakat aymânukum) est sujette à débat. Alors que l'Islam a établi des règles visant à améliorer la condition des esclaves et à encourager leur affranchissement, l'esclavage est aujourd'hui universellement aboli. Le commandement est interprété comme un appel à traiter avec bonté et humanité les personnes sous sa dépendance ou son autorité (employés, subordonnés, etc.).
- Équilibre des droits : Le large éventail de bénéficiaires peut soulever la question de la priorité à accorder lorsque les besoins sont en conflit (par exemple, aider un proche parent ou un pauvre lointain). La jurisprudence islamique offre des principes pour équilibrer ces droits, en privilégiant souvent le cercle familial proche et les besoins fondamentaux.
Morale ou résumé à retenir
Le message essentiel de ce verset est un appel à une vie fondée sur deux piliers indissociables : une foi pure et exclusive en Dieu (le Tawhîd) et une action sociale complète marquée par la bienfaisance (l'Ihsân) envers tous. La véritable adoration se traduit par la bonté dans les relations humaines. Évitez l'orgueil et l'avarice, car la générosité et l'humilité sont les marques d'un cœur pur et sont la voie de la récompense divine.