Seul les mots sont aptes à rendre compte du rien.
Les mots sont petits. Maigres.Sans grâce. La misère du monde trop grande trop profonde. Les hommes ont des idées barbares. Des serpents au fond du coeur.
On serait tenté de dire : "Ce ne furent que des mots", mais, aux moments importants de l'histoire, les mots sont des actes.
Les mots sont comme des allumettes : il y en a qui prennent, d'autres pas.
Les mots sont comme les sacs : ils prennent la forme de ce qu'on met dedans.
Les mots sont un substitut assez flou aux équations mathématiques.
Les mots sont comme un cancer, ils rongent de l'intérieur.
Les mots sont des vases en effet. Des vases qui contiennent la pensée. Faits par Dieu, pleins de l'homme.
Les mots sont dociles à qui les aime.
De la poésie, je dirai maintenant qu'elle est, je crois, le sacrifice où les mots sont victimes. Les mots, nous les utilisons, nous faisons d'eux les instruments d'actes utiles. Nous n'aurions rien d'humain si le langage en nous devait être en entier servile.
Les mots sont les maîtres de la pensée.
Les mots sont magiques en ce sens qu'ils influent sur les cerveaux de ceux qui les utilisent.
Les mots sont sacrés et sans innocence. Ils appellent le destin de ceux ou celles qui les tracent.
Les mots sont les seuls à pouvoir faire revivre les morts, et le vrai miracle de ressusciter ceux qui ne sont plus, comme celui de la création, n'est autre que le miracle de la parole, lorsqu'elle ne s'oublie pas.
Les mots sont femmes ; les actions sont hommes.