Si nous raisonnons en fonction de ce que les grands bourgeois sont prêts à nous laisser, nous ne pourrons jamais nous en sortir. Nous faisons tourner l'économie, il nous faut exiger notre dû et ce qu'il nous faut pour vivre !
Ce prétendu progrès moderne dans l'ordre politique n'est donc qu'une évolution, un accident de ce moment précis. Nous pouvons demain embrasser le despotisme avec la fureur que nous avons mise à nous rendre indépendants de tout frein.
Nous pouvons trouver un sens et une récompense en servant un objectif supérieur à nous-mêmes, un objectif brillant, l'illumination de mille points de lumière... Nous avons tous quelque chose à donner.
Ou se rebeller ou trahir, on ne nous laisse guère de choix, à nous les simples.
Nous chérissons nos amis non pas pour leur capacité à nous amuser, mais pour la nôtre à les amuser...
Nous en voulons plus à autrui de connaître nos défauts qu'à nous-mêmes d'en être affectés.
Combien certaines femmes sont généreuses ! Toujours prêtes à nous donner leurs torts ! Et ce n'est pas rien.
Les morts sont à la terre, les vivants sont à nous.
Nous n'arrivons jamais à nous faire à l'idée que nous comptons moins pour les autres qu'ils ne comptent pour nous.
Emotionner coïncide avec notre impuissance à nous laisser émouvoir.
Un manant de l'Ancien Régime serait dépaysé s'il perçait jusqu'à nous le mur du temps. Mais son étonnement serait peu de chose à côté de celui dont nous serions frappés s'il nous était donné d'assister à la partie que les prochaines décennies vont jouer.
Nous sommes donnés à nous-même.
Nous avons été donnés à nous-mêmes comme échantillon de ce dont le monde est capable.