La vie est une affaire sérieuse.
J'avais du mal à percevoir le sens véritable de ses réponses. J'aurais dû le voir immédiatement ; mais il n'en fut rien, tant il est difficile pour nos esprits, nourris de tant de souvenirs, de tant de connaissances, de tant [...] ► Lire la suite
Mais dans son pays, même si l'on ne voulait rien leur donner, on parlait gentiment aux mendiants. Dans son pays, on n'enseignait pas aux enfants à jeter des pierres à ceux qui imploraient la pitié.
Il n'est pas nécessaire de croire en une source surnaturelle du mal. Les hommes sont, par eux-mêmes, capables de toutes les méchancetés.
Un homme a tout à apprendre - et voilà ce que tant de ces jeunes hommes ne comprennent pas.
C'était une bête étrange. Mais les femmes, peut-être, aiment cela. Vu sous ce jour, il valait bien la peine qu'on l'apprivoisât, et je suppose que chaque femme au fond de son coeur se considère comme une dompteuse de bêtes étranges.
Il me semble que toute ma vie avant ce jour capital est infiniment lointaine, souvenir estompé d'une jeunesse au coeur léger, de quelque chose qui se cache de l'autre côté d'une ombre.
Et la jeune femme parlait, soulageant sa peine dans la certitude de ma sympathie : elle parlait comme on boit quand on a soif.
Considérer une côte tandis qu'elle défile au long du navire, c'est comme se pencher sur une énigme. Elle est là devant vous, souriante ou hostile, tentante, splendide ou médiocre, insipide ou sauvage, et muette toujours, non sans un air de murmurer : Approche et devine.
Tout brin d'herbe a son coin de terre dont il tire vie et force ; de même l'homme est enraciné dans le sol natal dont il tire sa foi aussi bien que sa vie.
Comment peut-on savoir de quoi est faite une tempête avant de l'avoir sur le dos ?
Une longueur de fleuve s'ouvrait devant nous et se refermait derrière, comme si la forêt avait tranquillement traversé l'eau pour nous barrer le passage au retour. Nous pénétrions de plus en plus profondément au coeur des ténèbres.
Mais quand on est jeune il faut voir des choses, amasser de l'expérience, des idées, s'ouvrir l'esprit.
Aucun récit de rêve ne peut rendre la sensation du rêve : ce mélange d'absurdité, de surprise et de désarroi tandis que frémit l'envie de se débattre et de se révolter, ce sentiment d'être captif de l'incroyable, qui est l'essence même des rêves.
Celui qui a connu l'amertume de l'océan en garde à jamais le goût dans la bouche.
C'est tout de même extraordinaire que la conscience de l'Europe, qui a aboli il y a soixante-dix ans le trafic d'esclaves pour des motifs humanitaires, tolère aujourd'hui l'état du Congo. C'est un peu comme si la pendule de l'ordre moral avait été retardée de plusieurs heures.
Aucune peur ne tient devant la faim ; aucune patience qui l'apaise et pour la faim le dégoût n'existe pas.
L'art peut se définir comme la tentative d'un esprit résolu pour rendre le mieux possible justice à l'univers visible, en mettant en lumière la qualité, diverse et une, que recèle chacun de ses aspects.
Ô jeunesse ! Quelle force elle a, quelle foi, quelle imagination.
Il n'est point de crédulité plus ardente et plus aveugle que celle née de la cupidité, qui, par ses dimensions universelles, donne la mesure de la détresse morale et de l'indigence intellectuelle de l'humanité.
Le terrorisme et le policier sortent du même panier. Révolution, égalité ne sont que mouvements opposés au sein d'une même partie ; des formes d'oisiveté foncièrement semblables.
La conquête de la terre, qui consiste principalement à l'arracher à ceux dont le teint est différent du notre ou le nez légèrement plus aplati, n'est pas une fort jolie chose, lorsqu'on y regarde de trop près.
Ceux qui me lisent savent ma conviction que le monde, le monde temporel, repose qur quelques idées très simples : si simples qu'elles doivent être vieilles comme le monde. Il repose notamment sur l'idée de Fidélité.
Comment tuer la peur, me demandé-je ? Comment toucher au fantôme, comment le prendre à sa gorge de fantôme ? C'est une entreprise dans laquelle on se précipite en rêve et dont on se félicite d'être sorti comme un chien trempé, les membres frissonnants.
Les forces de la nature sont d'une franchise impitoyable.
Je suis bien certain qu'aucun imbécile n'a jamais vendu son âme au diable.
N'est-il pas très peu raisonnable de demander à un homme de penser des autres beaucoup plus de bien qu'il n'en saurait penser de lui-même ?
On ne peut pas vivre le doigt perpétuellement sur son pouls.
Insensible à l'agitation habituelle à chaque nuit de la mousson, le père dormait tranquillement, également oublieux de ses espoirs, de ses malheurs, de ses amis et de ses ennemis ; et, à la lueur de chaque éclair, la fille, debout, immobile, parcourait avidement la large rivière d'un lourd regard inquiet.
Mais savez-vous combien d'occasions j'ai laissé échapper ; combien de rêves j'ai laissé se perdre, qui s'étaient trouvés sur mon chemin ?Il hocha la tête, plein de regret : « Je crois que certains d'entre eux auraient été très beaux - si je les avais forcés à se réaliser. »
Un jour, tout allait à la perfection et le lendemain, tout avait disparu - attrait, saveur, intérêt, contentement - tout. C'était l'un des moments en question, voyez-vous. Le souffle chlorotique de la fin de la jeunesse s'abattit sur moi et m'emporta.
Le monde est silencieux, la nuit envoyait sur eux son souffle, une de ces nuits qui semblent faites pour abriter la tendresse, et il y a des moments où les âmes, comme libérées de leur noire chrysalide, rayonnant d'une sensibilité exquise qui rend certains silences plus limpides que des discours.
C'était des conquérants, et, pour cela, on n'a besoin que de la force brute - il n'y a pas de quoi se vanter quand on l'a, puisque votre force n'est qu'un accident produit par la faiblesse d'autrui.
Toutes les routes sont longues qui mènent vers ce que le coeur désire.
Les extravagantes embardées du Nan-Shan témoignaient de sa lamentable impuissance. Il tanguait, il piquait du nez dans le vide et semblait, à chaque plongée, rencontrer quelque mur ou cogner.
Toutes les ambitions sont légitimes, excepté celles qui s'élèvent sur les misères ou les crédulités de l'humanité.
Je n'aime pas le travail, nul ne l'aime ; mais j'aime ce qui est dans le travail l'occasion de se découvrir soi-même. Notre propre réalité, ce que nous sommes à nos yeux, et non pas pour les autres, ce que personne ne peut savoir.
Le danger, quand on ne le voit pas, a le caractère vague et approximatif des conceptions humaines. La peur s'estompe ; et, faute de stimulant, l'Imagination, cette ennemie de l'homme, mère de toutes les terreurs, s'endort dans l'engourdissement qui suit l'épuisement de l'émotion.
On ne peut donner aucune impression vivace d'une quelconque époque de son existence, ce qui en fait l'authenticité, la signification, l'essence subtile et pénétrante. C'est impossible.On vit comme l'on rêve - seul.
La folie et le désespoir ! Qu'on me donne cela comme levier, et je ferai bouger le monde.
Mon chagrin était d'une étonnante surabondance d'émotion, tout à fait semblable à celle que j'avais remarquée dans le chagrin hurlant de ces sauvages de la brousse. Je n'aurais pu éprouver plus solitaire accablement, si l'on m'avait dépossédé d'une conviction ou si j'avais manqué ma destinée...
Et il savait, certes ! Faire tomber sur vous un regard tranchant et lourd comme une hache.
D'ordinaire c'est la vanité qui nous égare et nous lance dans les aventures d'où nous ne pouvons sortir indemnes.
Le cocher contempla les pièces d'argent qui, paraissant toutes menues sur sa grosse paume crasseuse, symbolisaient les résultats insignifiants qui récompense le courage et les labeurs ambitieux d'une humanité dont les jours sont courts sur notre terre de malheur.
Hercule, je pense, n'était pas un athlète. C'était un homme robuste, sensible aux charmes féminins et que la saleté n'effrayait pas.
Le bord d'une jungle colossale, d'un vert sombre au point de paraître presque noir, frangé d'une houle blanche, courait droit comme une ligne tracée à la règle, loin, loin le long d'une mer bleue dont le scintillement était estompé par un brouillard traînant.
Tout en ce monde, me disais-je, y compris le commandement d'un joli petit trois-mâts barque, peut devenir un leurre et un piège où se prend l'orgueil téméraire de l'homme.
Je suis convaincu que nul homme ne comprend jamais tout à fait ses propres esquives et ruses pour échapper à l'ombre sinistre de la connaissance de soi.
La vie, pour être vaste et pleine, devait, à chaque moment du présent, contenir le soucis du passé et de l'avenir. Notre tâhe quotidienne doit être accomplie pour la gloire des morts et pour le bien de ceux qui qui viendront après nous.
Nul homme ne réussit dans tout ce qu'il entreprend. En ce sens, nous sommes tous des ratés. L'essentiel est de ne pas échouer à rendre cohérent et à soutenir jusqu'au bout les efforts de notre vie.
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