Il faut distinguer la morale de l'éthique. La morale définit un minimum : il s'agit de se comporter de manière à respecter la personne d'autrui. Mais elle ne dit rien du 'comment vivre' ni du 'vivre bien', qui relève d'un choix. Ce choix de vie, cette éthique se construit en fonction des valeurs que nous estimons suprêmes. La vie a un sens dans la mesure où l'on atteint la réalisation des valeurs qui, pour nous, font qu'elle mérite d'être vécue.
Cette citation de Marcel Conche établit une distinction fondamentale entre la morale et l'éthique. La morale est présentée comme un ensemble de règles minimales et universelles qui garantissent le respect d'autrui. Elle est le socle de la vie en société. En revanche, l'éthique est définie comme un choix personnel, la quête du «comment vivre» ou du «vivre bien», qui donne un sens à l'existence. Ce sens se construit par la réalisation des valeurs que l'individu juge suprêmes et qui, pour lui, rendent la vie digne d'être vécue.
Retenez que la morale est votre devoir minimal de respect envers les autres (ce qui est obligatoire), tandis que l'éthique est votre quête personnelle du sens et de l'accomplissement de soi, guidée par vos propres valeurs suprêmes (ce qui est souhaitable pour vous).
Le style de Conche est didactique et précis, cherchant à clarifier une distinction philosophique complexe. L'auteur utilise des termes clés comme «minimum», «respecter la personne d'autrui», «choix de vie» et «valeurs suprêmes» pour structurer son argumentation. L'expression «vivre bien» renvoie directement à la philosophie grecque antique, notamment à la notion d'eudaimonia (le bonheur, ou la vie réussie), montrant un ancrage classique dans sa pensée.
Cette distinction rappelle fortement la pensée du philosophe Paul Ricœur entre la visée éthique («vivre bien, avec et pour autrui, dans des institutions justes») et la norme morale (l'impératif d'obligation). L'accent mis sur le «choix» et le «sens de la vie» fait écho aux thèses de l'existentialisme (Jean-Paul Sartre, Albert Camus), qui postulent que l'existence précède l'essence et que l'homme est condamné à être libre, devant inventer ses propres valeurs.
Cette citation est extraite des écrits du philosophe français Marcel Conche (1922-2022). Elle est représentative de sa pensée éthique et morale, souvent développée dans ses ouvrages et entretiens.
L'auteur est Marcel Conche. Il fut professeur émérite à la Sorbonne et est reconnu comme un penseur contemporain majeur, souvent rattaché à une forme de stoïcisme sceptique. Ses travaux portent principalement sur les Présocratiques, Épicure, et une réflexion personnelle sur la morale et le sens de la vie.
Cette pensée s'inscrit dans le contexte de la philosophie française post-guerre mondiale, où les grandes idéologies ont été questionnées. Elle répond à un besoin de refonder le sens de l'existence et de l'action individuelle, loin des dogmes. Après la crise des valeurs du XXe siècle, Conche propose de redonner de l'importance à la sagesse personnelle et à la construction d'un sens de la vie propre à chacun, tout en maintenant l'impératif inaliénable du respect d'autrui, nécessaire à la survie de la société.
Voici ces Français, qu'on dit - plus que tous autres - ingouvernables ; qui détiennent le record des révoltes, des effondrements de régime, des luttes civiles - des malheurs collectifs. Et voici les mêmes passivement soumis à leur administration, et [...] â–º Lire la suite