Être avec les gens qu'on aime, dit Jean de La Bruyère, cela suffit. Rêver leur parler, ne leur parler point, penser à eux, penser à des choses plus indifférentes, mais auprès d'eux, tout est égal, on se sent bien. Ô ma chérie, que cela est vrai ! et qu'il est vrai aussi qu'on en prend tellement l'habitude, que cela devient une partie nécessaire de l'existence ! Hélas ! je sais bien, je dois savoir trop bien, depuis trois mois que je suis loin de toi, que je ne te possède plus, que mon bonheur gémit. Chaque matin, lorsque je me réveille, je te cherche; il me semble que la moitié de moi-même manque, et cela est trop vrai. Vingt fois dans le jour je me demande où tu es : juge combien l'illusion est forte, et qu'il est cruel de la voir disparaître ! Lorsque je me couche, je ne manque pas de te faire ta place; je me pousse tout près du mur, et laisse un grand vide dans mon petit lit. Ce mouvement est machinal, ces pensées sont involontaires. Ah ! comme on s'accoutume
Cette citation, attribuée à Mirabeau, exprime l'idée que le simple fait d'être physiquement proche des êtres aimés est une source de bien-être et de complétude essentielle. Le bonheur ne réside pas nécessairement dans l'échange constant ou dans des activités spécifiques, mais dans la présence silencieuse et partagée. La deuxième partie souligne la douleur et le vide intenses causés par l'absence et la séparation, prouvant à quel point cette habitude de l'autre devient une partie nécessaire et vitale de l'existence.
Cette pensée invite à chérir les moments simples de présence avec ses proches, sans chercher la performance ou la conversation constante. Elle encourage à :
Le principal enseignement est que la présence des êtres aimés est un fondement du bonheur et un besoin vital qui s'enracine profondément en nous par l'habitude. L'absence n'est pas seulement un moment de solitude, mais une mutilation de notre être, rendue manifeste par des gestes machinaux comme faire la place vide dans le lit. Chérissez la présence.
Le style est lyrique et passionné, typique d'une lettre d'amour. On note :
La citation s'ouvre sur une référence à Jean de La Bruyère, qui est un moraliste célèbre pour ses observations fines sur la nature humaine et la société. L'idée de la présence silencieuse se rapproche également de concepts philosophiques ou spirituels qui valorisent la contemplation partagée, comme on pourrait le trouver chez certains mystiques ou même dans la notion d'amitié chez Aristote, où le plaisir de la présence est central.
La première partie est une référence ou une légère paraphrase de Jean de La Bruyère. La seconde partie est la propre méditation de l'auteur, qui utilise la pensée de La Bruyère comme point de départ pour exprimer sa propre souffrance liée à la séparation. L'ensemble est issu d'une correspondance privée.
L'auteur de la méditation et signataire de la lettre est Mirabeau. Il s'agit très probablement d'Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau (1749-1791), célèbre écrivain, orateur et homme politique français, figure majeure de la Révolution française. La citation est extraite de ses Lettres à Sophie (sa maîtresse, Sophie de Monnier), écrites pendant son incarcération au donjon de Vincennes, période où il a éprouvé cruellement l'absence et l'isolement. La citation de La Bruyère est tirée de Les Caractères, ou est une adaptation de cette œuvre.
Cette citation est typique de l'époque des Lumières et du préromantisme (fin du XVIIIe siècle) :