La mer, c'est la disponibilité perpétuelle.
Dieu n'a pas prévu le bonheur pour ses créatures il n'a prévu que des compensations : la pêche à la ligne, l'amour, le gâtisme.
Quand on se voit au bord de l'abîme et qu'il semble que Dieu vous ait abandonné, on n'hésite plus à attendre de lui un miracle.
L'eau est un songe, et le ciel et tout ce qu'il contient matin et soir d'astres, de vents, d'oiseaux et de fumées est un leurre qui trompe sur la fuite du temps. Il y a des hommes de chez nous qui sautent par-dessus bord pour aller chercher une étoile dans l'eau.
Je vois l'histoire de mon pays comme un fleuve de mon enfance qui charriait tout sur son passage dans un fracas assourdissant.
A 87 ans, je suis au bord du trou, et je me dis c'est dommage, je commence à comprendre mieux mon métier.
L'humanité se prend trop au sérieux ; c'est le péché originel de notre monde.
Le métier de marin pousse ceux qui le professent à vouloir connaître les secrets de ce monde.
Le péché que l'on cache est demi pardonné.
Dieu me demande une faveur : l'accompagner au bord du lac, là où la foi n'est pas utile. Nous nous taisons, respectueux et résignés. Bientôt est apparue, vivace et blanche, une île.