Choisir la vie, choisir un boulot, choisir une carrière, choisir une famille, choisir une putain de télé à la con, choisir des machines à laver, des bagnoles, des platines laser, des ouvres boites électroniques.
Choisir la santé, un faible taux de cholestérol et une bonne mutuelle, choisir les prêts à taux fixes, choisir son petit pavillon, choisir ses amis.
Choisir son survet' et le sac qui va avec, choisir son canapé avec les deux fauteuils, le tout à crédit avec un choix de tissu de merde, choisir de bricoler le dimanche matin en s'interrogeant sur le sens de sa vie choisir de s'affaler sur ce putain de canapé et se lobotomiser au jeux télé en se bourrant de McDo.
Choisir de pourrir à l'hospice et de finir en se pissant dessus dans la misère en réalisant qu'on fait honte aux enfants niqués de la tête qu'on a pondu pour qu'ils prennent le relais.
Choisir son avenir, choisir la vie.
Pourquoi je ferais une chose pareille ? J'ai choisi de pas choisir la vie, j'ai choisi autre chose. Les raisons ?
Y'a pas de raison. On n'a pas besoin de raison quand on a l'héroïne.
La réplique commence par une longue énumération ironique de tous les choix qui constituent une vie «normale» et socialement acceptable dans une société de consommation occidentale :
Après avoir listé ces obligations de vie, le narrateur, Renton, conclut par un rejet clair : « Pourquoi je ferais une chose pareille ? J'ai choisi de pas choisir la vie, j'ai choisi autre chose. » La fin, brutale, donne la raison de ce refus : l'héroïne, présentée comme une échappatoire qui annule le besoin de toute justification ou de tout autre choix.
Cette réplique n'est pas une simple liste. Elle symbolise le rejet radical du conformisme et du modèle de vie imposé par la société. La « vie » que Renton refuse est une vie pré-formatée, jugée vide de sens, aliénante, et dictée par l'obligation d'acheter, de se soumettre au système financier (prêts à taux fixe) et d'attendre la mort en s'ennuyant (bricoler le dimanche, jeux télé). L'héroïne, bien que destructrice, est choisie comme une forme de liberté ultime, une protestation métaphysique contre cette absurdité programmée.
La morale n'est pas simple, car le film ne donne pas de leçon. L'idée principale à retenir est celle du cynisme face à l'existence. Renton nous force à nous interroger : est-ce que « choisir la vie » signifie vraiment choisir, ou est-ce simplement se plier à un modèle préétabli ? Cependant, le film montre aussi les conséquences horribles de son « autre chose », ce qui nuance le rejet initial. Il s'agit d'un appel à la réflexion sur la véritable signification de la liberté et du choix dans le monde moderne.
La réplique est tirée du film culte britannique Trainspotting, réalisé par Danny Boyle et sorti en 1996. Elle est prononcée par le personnage principal, Mark Renton, interprété par Ewan McGregor. Le film est adapté du roman éponyme d'Irvine Welsh, publié en 1993.
C'est le monologue d'ouverture du film. La réplique est récitée en voix off tandis que Renton et son ami Spud courent dans la rue pour échapper à des vigiles, après avoir volé de la marchandise. Le décalage entre l'énergie de la course et le cynisme profond du discours donne immédiatement le ton du film. C'est la déclaration d'intention du personnage : une mise au ban volontaire, une explication du choix de la défonce plutôt que celui du « rêve » écossais ou britannique.
Le monologue est l'essence même de Renton. Il le dépeint comme un narrateur intelligent, lucide, mais profondément désabusé. Il est capable d'analyser froidement le piège social qu'il refuse, ce qui rend son choix de l'héroïne à la fois plus incompréhensible et plus tragique. Il n'est pas un drogué stupide, mais un philosophe en colère qui utilise l'addiction comme un acte de résistance.
Le thème central de Trainspotting est le fossé entre le rêve social et la réalité vécue par une certaine jeunesse. Le film explore l'amitié, l'addiction, le vide existentiel et la rébellion. La réplique « Choisir la vie » est le thème fondateur du film. Elle pose la question : pourquoi s'intégrer à un système qui semble si aliénant ? Le film passe ensuite son temps à montrer les conséquences (souvent horribles) de l'alternative choisie par Renton, montrant qu'il n'y a pas de choix facile.
L'impact fut énorme et durable.
C'est une ouverture qui marque les esprits par sa franchise et son énergie rebelle.