Les vivants sont dans le corbillard, les morts suivent le cortège.
La séparation entre les vivants et les morts est une séparation fictive. Le passage est plus simple que nous ne l'imaginons. C'est juste un changement de lieu, et le gravissement d'un degré.
Les chiens morts ne mordent pas.
Seuls les morts n'ont pas de problèmes.
Les morts sont plus nombreux que les vivants. Leur nombre augmente. Les vivants sont rares.
Gabin est mort, Blier est mort, Dalban est mort, Carmet est mort, Simonin est mort, Ventura est mort : ils sont tous morts ! Mon carnet d'adresse, c'est un vrai cimetière !
La mort ferme les yeux des morts et ouvre ceux des survivants.
La route du passé se mesure par les morts qu'on a laissés tout au long.
Nous ne devons pas permettre que notre respect pour les morts ou notre sympathie pour les vivants nous conduisent à un acte d'injustice envers l'équilibre des vivants.
Un mort en France est plus émouvant que 10 000 morts à l'étranger. Le premier est une tragédie, les seconds une statistique. La sensibilité suit la loi de la proximité.
Il y a une chose dont on ne loue jamais les morts et qui est cependant la cause de toutes les louanges qu'on leur a données : c'est qu'ils sont morts.
Les vivants ont des cartes de visite imprimées ; les morts seuls en ont de gravées.
On a plébiscité ce livre parce qu'il est agréable à lire, sans temps morts ni effets de style, se lit d'une traite. Peut-on faire compliment plus laid dans la littérature que 'ce que j'aime dans le livre, c'est que j'ai eu le sentiment de n'avoir pas eu besoin de le lire ?'
Les morts se prêtent aux réconciliations avec une extrême facilité.
Bien sûr, les cercueils ne sont pas taillés sur mesure ; mais les morts s'adaptent à tout.
Les morts ont forcément le dernier mot, ils ne lâchent jamais prise, ils sont en vous désormais.
De tous les morts dont la chaîne innombrable constitue notre trésor de gloire, ceux-là plus qu'aucuns autres incarneront, dans sa pure gratuité, l'esprit de sacrifice.
Les rides qui fanaient le visage de la Patrie, les morts de la France combattante les ont effacées; les larmes d'impuissance qu'elle versait, ils les ont essuyées; les fautes dont le poids la courbait, ils les ont rachetées.
Pourquoi donc n'est-il pas possible qu'après la mort nous gardions l'apparence parfaite des vivants, si les vivants peuvent dans le sommeil se faire semblables aux lugubres morts ?
On vante les morts parce qu'on est sûr qu'ils n'en démentiront rien.
Les églises ne sont-elles pas des dortoirs des vivants aussi bien que des morts ?
Les morts sont à la terre, les vivants sont à nous.
Il n'y a que les morts qui ne reviennent pas.
Les vivants ne peuvent plus rien apprendre aux morts, mais les morts au contraire instruisent les vivants.
Des hommes sont morts de temps en temps, et les vers les ont mangés, mais pas par amour.
En art, comme en politique, les imbéciles sont un obstacle plus gênant que les morts : on a plus de peine à se frayer un chemin à travers leurs rangs.
Les vivants, en effet, savent qu'ils mourront, mais les morts ne savent rien du tout.
Dieu est absent des champs de bataille et les morts du début de la guerre, ces pauvres petits pioupious en pantalon rouge garance oubliés dans l'herbe, faisaient des taches aussi nombreuses mais pas plus importantes que des bouses de vache dans un pré.
Pour éliminer leur cholestérol, les Américains font du jogging, c'est à dire qu'ils courent pendant des heures jusqu'à s'écrouler raides morts d'un infarctus.
Ce qu'il y a de plus heureux pour les historiens, c'est que les morts ne puissent protester.
Les morts ne sont que des vivants amnistiés.