Notre racisme n'est agressif qu'à l'égard de la race juive. Nous parlons de race juive par commodité de langage, car il n'y a pas, à proprement parler, et du point de vue de la génétique, de race juive [...] La race juive est avant tout une race mentale [...] Une race mentale, c'est quelque chose de plus solide, de plus durable qu'une race tout court. Transplantez un Allemand aux États Unis, vous en faites un Américain. Le Juif, où qu'il aille, demeure un juif. C'est un être par nature inassimilable. Et c'est ce caractère même qui le rend impropre à l'assimilation, qui définit sa race. Voilà une preuve de la supériorité de l'esprit sur la chair !
Cette citation, attribuée à Adolf Hitler, énonce une prémisse fondamentale de l'idéologie nazie concernant les Juifs. L'auteur affirme que le racisme nazi est exclusivement dirigé contre les Juifs. Il rejette l'idée d'une "race juive" au sens génétique ou biologique, mais introduit la notion de "race mentale". Pour lui, cette "race mentale" est plus puissante et inaltérable que la race biologique, car elle garantirait l'inassimilabilité du Juif, peu importe son lieu de résidence. En d'autres termes, l'appartenance au judaïsme serait une essence indestructible, définissant un Juif comme un être foncièrement étranger et supérieur à l'environnement dans lequel il vit, ce qui est utilisé pour justifier sa mise à l'écart.
Dédouanement biologique : L'affirmation qu'il n'y a pas de "race juive" du point de vue génétique peut être interprétée comme une tentative d'élever l'antisémitisme nazi au-delà de la simple biologie, le rendant plus difficile à réfuter par la science de l'époque, en le basant sur un concept vague et non-scientifique de l'esprit.
Justification de l'exclusion : La notion d'un "être par nature inassimilable" est l'interprétation centrale. Elle sert à justifier l'exclusion, la persécution et l'anéantissement des Juifs en les présentant comme une menace existentielle pour la pureté et l'unité de la nation allemande. S'ils sont inassimilables, alors la seule solution est leur élimination du corps social.
Rhétorique perverse : La phrase finale, «Voilà une preuve de la supériorité de l'esprit sur la chair !», utilise un langage de nature philosophique ou spirituelle pour conférer une fausse noblesse à une doctrine de haine pure, suggérant que leur racisme est guidé par une "idée" supérieure plutôt que par des préjugés bruts.
Cette idéologie a eu des applications historiques et politiques dévastatrices, mais, dans la vie quotidienne sous le régime nazi, elle a servi à :
Légitimer la ségrégation : En affirmant que les Juifs sont inassimilables, la citation légitime les lois de Nuremberg qui les ont exclus de la fonction publique, leur ont interdit le mariage avec des "Aryens" et leur ont retiré leurs droits civiques.
Encourager la délation : Si le "Juif" est une menace mentale, il doit être identifié et surveillé même s'il ne présente pas de caractéristiques physiques distinctives, encourageant ainsi une atmosphère de suspicion et de délation.
Justifier la spoliation : L'idée d'un être éternellement étranger a permis de justifier la spoliation de leurs biens et leur confinement, car on ne pouvait faire confiance à un être fondamentalement non-allemand.
Non-scientifique et auto-contradictoire : La citation se contredit. Elle rejette la race biologique pour immédiatement en créer une nouvelle, la "race mentale", qui n'a aucune base scientifique. C'est un concept inventé pour rationaliser une haine préexistante.
Ignorance de l'assimilation : L'histoire contredit l'idée d'inassimilabilité. Avant l'arrivée des nazis au pouvoir, de nombreux Juifs allemands étaient profondément assimilés à la culture allemande, se considérant comme des Allemands à part entière, pratiquant le judaïsme de manière diverse ou pas du tout. La "race" leur a été imposée de l'extérieur par l'État nazi.
Essence du bouc émissaire : La limite de cette pensée réside dans sa fonction de bouc émissaire. Elle attribue de manière monolithique tous les problèmes sociétaux et politiques à un groupe cible défini par une essence immuable, détournant l'attention des problèmes réels de la société.
Le point essentiel à retenir de cette citation est qu'elle illustre la façon dont l'antisémitisme moderne, tel qu'il a été développé par le nazisme, a dépassé le cadre de la religion ou de la génétique pour construire un concept d'essence maléfique et inaltérable (la "race mentale") du Juif. Ce concept servait à transformer la haine en un système politique et social visant l'exclusion et, ultimement, l'extermination. Il met en évidence le danger de l'idéologie qui définit un groupe humain comme intrinsèquement étranger et inassimilable, justifiant ainsi la violence à son encontre.
Vocabulaire : Le vocabulaire utilise des termes puissants et chargés. L'emploi de l'adjectif « inassimilable » est la pierre angulaire de l'argumentation. Le terme « race mentale » est un oxymore idéologique conçu pour transcender les limites de la science biologique et donner une dimension spirituelle perverse au concept de race.
Style : Le style est dogmatique et assertif. La citation procède par affirmation, sans aucune preuve, utilisant un ton de vérité absolue (« il n'y a pas, à proprement parler... », « Le Juif, où qu'il aille, demeure un juif »). Elle utilise un syllogisme tordu : 1. Les Juifs sont inassimilables. 2. L'inassimilabilité définit leur race. 3. Cette race est supérieure à la chair (race mentale). L'utilisation d'une comparaison simple (l'Allemand aux États-Unis) par opposition au Juif sert à donner une fausse crédibilité à l'idée d'une différence absolue et éternelle.
Cette pensée est directement liée à :
L'antisémitisme chrétien : Elle prolonge l'ancienne tradition antijuive européenne en lui donnant une tournure raciale et séculière. L'idée d'un peuple éternellement errant et étranger est une sécularisation de la figure théologique du Juif déicide.
Les théories raciales du XIXe siècle : Elle s'inspire des écrits de théoriciens raciaux comme Houston Stewart Chamberlain ou Arthur de Gobineau, tout en les adaptant pour cibler de manière obsessionnelle uniquement le Juif. Elle fait partie de la pensée völkisch et de l'idéologie de la « pureté raciale ».
La théorie du complot : L'idée d'une « race mentale » renvoie à l'imagerie du complot juif mondial (popularisé par des textes comme les Protocoles des Sages de Sion), où l'essence juive est associée à une intelligence manipulatrice et une volonté de domination clandestine.
L'origine exacte de cette formulation attribuée à Adolf Hitler n'est pas toujours clairement établie, mais elle reflète l'essence même de son idéologie telle qu'elle a été développée dans son livre Mein Kampf et dans ses discours publics. La plupart de ces déclarations viennent de retranscriptions de propos tenus par Hitler lors de conversations privées ou de réunions, souvent recueillies par ses proches comme Goebbels ou Bormann, ou lors d'entretiens enregistrés. Il est crucial de noter qu'elle est totalement cohérente avec la doctrine nazie.
L'auteur est Adolf Hitler (1889-1945), le fondateur et leader du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP) et dictateur de l'Allemagne de 1933 à 1945. Architecte de l'idéologie nazie, de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah, ses écrits et discours forment la base de la doctrine raciste et antisémite qui a conduit au génocide des Juifs d'Europe.
Le contexte est l'Allemagne de l'entre-deux-guerres et la montée du nazisme (années 1920-1940). Après la défaite de l'Allemagne lors de la Première Guerre mondiale, une atmosphère de crise économique, de bouleversements politiques et de déclin national a favorisé la recherche de boucs émissaires. Le nazisme a capitalisé sur cet environnement en désignant les Juifs, ainsi que les communistes, comme la cause de tous les maux de l'Allemagne. Cette citation s'inscrit précisément dans la période où l'antisémitisme est passé du statut de préjugé social et religieux à celui de doctrine d'État et de fondement d'une politique d'extermination.