Il ne me reste qu'un seul souci sur terre, un souci d'or : porter le poids du temps.
Je connaissais des hommes qui couchaient avec une fille différente chaque soir. Je ne l'ai jamais compris. Et après avoir fait de même pendant un certain temps, je l'ai encore moins compris. C'était frustrant ; comme la cuisine chinoise : une heure après, on a faim.
A la minute où tu crois que tu t'en es sorti, la catastrophe pointe son nez.
Une minute d'écart, ça peut se transformer en années de placard.
La plupart des gens abandonnent juste quand ils sont sur le point d'atteindre le succès. Ils abdiquent sur le dernier cent mètres. Ils abandonnent à la dernière minute du jeu, à un doigt de la victoire.
Notre durée est irréversible. Nous ne saurions en revivre une parcelle, car il faudrait commencer par effacer le souvenir de tout ce qui a suivi.
Nous ne devons pas tenter de sauver le monde, mais de subsister ; c'est la seule véritable aventure qui s'offre encore à nous, en cette heure tardive de l'histoire.
La colère ressemble au feu dans une heure de vent ; elle brûle les habits destinés pour le temps d'hiver.
Quand on parvient, par la poésie, par la langue, à transgresser la durée pour faire lien avec le temps, l'existence est enrichie.
Nous sommes ici pour une durée tellement limitée.