Peut-on changer l'humanité sans la perdre ?
Le passage au troisième millénaire, en philosophie, c'est peut-être cela : réaliser qu'on n'accomplira des progrès qu'en passant par des pensées minuscules et non plus majuscules.
On fait l'éloge d'un homme en disant qu'il est humain et d'une femme en disant qu'elle est inhumaine.
Quand nulle bête n'a d'autre choix que vivre son instinct, chaque être humain reçoit la faculté de choisir ; et c'est ce qui le distingue à l'intérieur du règne animal, et c'est ce qu'on nomme intelligence.
Rien de ce qui résulte du progrès humain ne s'obtient avec l'assentiment de tous.
Le progrès social est devenu une farce : les hommes travaillent moins, se reposent davantage... mais ils sont sévèrement embrigadés dans la pensée unique.
Il ne peut y avoir de progrès véritable qu'intérieur. Le progrès matériel est un néant.
L'être humain est justement celui des animaux qui se définit par sa capacité particulière à s'interroger sur les normes éthiques qui doivent le guider. C'est précisément pour cette raison qu'il va, un jour prochain, cesser de manger des représentants des autres espèces.
Qu'on parle de civilisation chrétienne, d'humanisme gréco-latin ou de « matérialisme historique », on ne désigne pas autre chose que cette évolution qui est la loi même de l'humanité.
Le crime est doux, souple, insidieux, curieux, il ne se satisfait de rien, il veut aller plus loin, savoir davantage.